Au Sénégal, l’accès à l’eau potable reste un défi crucial, particulièrement en milieu rural. Depuis les années 1970, la gestion communautaire des forages, assurée par les Associations d’Usagers des Forages (ASUFOR), a permis de rapprocher l’eau des populations et d’améliorer les conditions de vie. Pourtant, entre succès notables et difficultés persistantes, ce modèle continue d’évoluer au gré des initiatives et des obstacles.
– Il est 6 heures du matin à Kaolack, et Awa Diop, mère de quatre enfants, s’active déjà autour du forage communautaire. Chaque jour, elle y puise l’eau qui fait vivre sa famille. « Avant, nous marchions des kilomètres pour avoir de l’eau. Aujourd’hui, le forage est à quelques pas de la maison. C’est un soulagement immense », confie-t-elle, le sourire aux lèvres.
Historique des forages au Sénégal
L’histoire des forages au Sénégal remonte aux années 1970, une période marquée par de sévères sécheresses qui ont durement frappé le Sahel. Face à cette crise, des initiatives ont été lancées pour améliorer l’accès à l’eau potable. Parmi elles, la création de l’ONG SOS Sahel en 1976, fondée à l’appel du président sénégalais Léopold Sédar Senghor, a joué un rôle crucial en réalisant des forages et en installant des pompes à eau dans les zones désertiques du pays.
Des succès encourageants
Le modèle communautaire a permis de rapprocher l’eau des populations et de créer des emplois locaux. Awa Diop, présidente de l’ASUFOR locale, témoigne : « Nous gérons nous-mêmes les contributions des ménages, et cela nous permet d’assurer l’entretien du forage. C’est une fierté pour la communauté. »
Des villages autrefois confrontés à des pénuries d’eau régulières bénéficient aujourd’hui d’un accès stable, améliorant les conditions de vie et favorisant le développement d’activités économiques comme le maraîchage.
Les mini-forages jouent également un rôle clé dans l’agriculture locale. En permettant l’irrigation des champs en période de sécheresse, ces installations soutiennent la production de cultures maraîchères et céréalières. « Grâce au mini-forage, nous pouvons cultiver des légumes toute l’année, ce qui renforce notre sécurité alimentaire et génère des revenus supplémentaires », explique Ibrahima Ndoye, agriculteur à Kaffrine. Des données de l’Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural (ANCAR) indiquent qu’en 2023, plus de 40% des exploitations agricoles rurales utilisant des mini-forages ont vu leur rendement augmenter de 30%.
Des difficultés persistantes
Mais tout n’est pas rose. Dans la région de Tambacounda, Mamadou Sow, technicien en maintenance de forages, partage ses inquiétudes : « Les pannes sont fréquentes, et le manque de fonds retarde souvent les réparations. Parfois, les communautés doivent attendre des semaines avant de retrouver l’eau. »
Le manque de formation technique, les défis de gouvernance et l’insuffisance des contributions financières compliquent la gestion. « Certains membres refusent de payer les frais mensuels, estimant que l’eau devrait être gratuite. Cela fragilise notre organisation », regrette Fatou Ndiaye, membre d’une ASUFOR à Saint-Louis.
La réforme de 2015, qui visait à confier la gestion des forages à des opérateurs privés, a divisé les communautés. Suspendue en 2019, elle a laissé un vide qui complique encore la gestion locale.
Des pistes pour une gestion durable
Pour remédier à ces problèmes, des experts recommandent des formations ciblées, la professionnalisation des comités de gestion et une meilleure transparence. « Il faut moderniser les systèmes de gestion et créer des partenariats avec les communes et les ONG pour garantir un appui financier et technique », suggère Aliou Cissé, spécialiste en gestion de ressources hydriques.
Certaines communautés innovent déjà. À Bargny, l’ASUFOR locale a mis en place un système de cotisations numériques, permettant de mieux tracer les fonds et de faciliter les contributions. Une expérience qui pourrait inspirer d’autres localités.
La gestion communautaire des forages au Sénégal reste un modèle porteur d’espoir, mais son avenir dépendra de la capacité des communautés à surmonter les obstacles. Car, comme le souligne Awa Diop, « l’eau, c’est la vie, et nous devons nous battre pour la protéger et la pérenniser ».
Boudal NDIATH