Un collectif panafricain a déposé plainte contre le groupe Bolloré, ainsi que contre Vincent Bolloré et son fils Cyrille, les accusant de recel et de blanchiment d’actifs en lien avec plusieurs concessions portuaires africaines. L’AFP a appris mercredi que cette plainte vise des pratiques présumées frauduleuses avant la cession des activités africaines du groupe en 2022.
Le collectif « Restitution pour l’Afrique » (RAF), composé d’une dizaine d’associations basées au Togo, en Guinée, au Ghana, en Côte d’Ivoire et au Cameroun, dénonce des pratiques telles que le financement de campagnes électorales, la nomination de responsables politiques comme administrateurs des filiales du groupe, ainsi que l’attribution de contrats sans appel d’offres. Selon la plainte consultée par l’AFP, ces agissements auraient permis au groupe Bolloré de s’assurer le contrôle de concessions portuaires stratégiques dans plusieurs pays du continent.
Une influence sur les concessions portuaires africaines
Avant la cession de sa branche logistique en Afrique, Bolloré Africa Logistics gérait 16 concessions portuaires et employait plus de 20.000 personnes sur le continent. Parmi les pays concernés par la plainte figurent le Cameroun, le Ghana et la Côte d’Ivoire pour des faits présumés de recel, ainsi que le Togo et la Guinée pour des accusations de blanchiment d’argent.
La justice française avait déjà enquêté sur l’attribution des concessions des ports de Lomé (Togo) et Conakry (Guinée). Dès 2013, des soupçons pesaient sur le groupe Bolloré quant à l’utilisation de sa filiale Euro RSCG (devenue Havas) pour influencer les élections présidentielles de 2010 en faveur de Faure Gnassingbé et d’Alpha Condé. En 2021, le groupe avait négocié une amende de 12 millions d’euros en échange de l’abandon des poursuites. Cependant, en 2024, le parquet financier français a requis un procès contre Vincent Bolloré pour corruption et complicité d’abus de confiance.
Des pertes financières pour les États africains
La nouvelle plainte vise également d’autres concessions, notamment celles des ports de Douala et Kribi au Cameroun, de Tema au Ghana et d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Elle évoque des faits de favoritisme, de trafic d’influence et de prise illégale d’intérêt.
Un rapport de la commission nationale anti-corruption du Cameroun, cité dans la plainte, accuse le groupe Bolloré d’avoir retenu 60 millions d’euros de redevances et d’amendes au lieu de les reverser à l’État camerounais. Au Ghana, en 2014, l’ancien président John Dramani Mahama aurait attribué, de manière secrète et sans appel d’offres, la gestion du port de Tema au consortium Bolloré/Maersk, alors que 56 entreprises étaient candidates. Selon les plaignants, cette concession aurait entraîné une perte de 4,1 milliards de dollars pour l’État ghanéen.
En Côte d’Ivoire, l’attribution en 2003 du terminal à conteneurs du port d’Abidjan par le président Laurent Gbagbo, sans appel d’offres, avait suscité de vives critiques, y compris de la Banque mondiale, qui dénonçait une violation des principes de bonne gouvernance.
Une volonté de restitution aux peuples africains
L’un des aspects majeurs de la plainte concerne le blanchiment présumé des profits générés par ces concessions obtenues de manière frauduleuse. En 2022, le groupe Bolloré a cédé Bolloré Africa Logistics à l’armateur italo-suisse MSC pour un montant de 5,7 milliards d’euros.
L’avocat Antoine Vey, interrogé par l’AFP, souligne que cette plainte vise à cibler « les corrupteurs » et non uniquement les dirigeants africains impliqués. « Jusqu’ici, les affaires de biens mal acquis concernaient principalement des responsables politiques africains. Or, il est essentiel de s’intéresser aussi à ceux qui injectent l’argent sale dans ces systèmes de corruption », explique-t-il.
Jean-Jacques Lumumba, président du collectif RAF, estime que les détournements dénoncés ont eu un impact direct sur le développement des pays concernés. « Cet argent, c’est moins d’hôpitaux, moins d’écoles, moins de routes, moins de projets d’infrastructure. C’est l’avenir de nos jeunes qui est en jeu », affirme-t-il.
Les plaignants espèrent que cette affaire permettra d’appliquer la loi française de 2021, qui autorise l’utilisation des avoirs saisis dans des affaires de corruption pour financer des projets de développement dans les pays concernés.
(Source : AFP)