(FILES) In this file photo taken on December 10, 2007 in Paris show Libyan leader Moamer Kadhafi (R) shaking hands with French President Nicolas Sarkozy before their meeting, at the Elysee Palace in Paris. Former French president Nicolas Sarkozy has been called in for questioning by investigators looking into suspected Libyan financing of his 2007 election campaign, a source close to the inquiry told AFP on March 20, 2018. / AFP PHOTO / Franck FIFE
Le Parquet national financier (PNF) a réclamé, jeudi 27 mars, des sanctions sévères à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de ses coaccusés dans le cadre du procès sur le financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007. Après douze semaines d’audience, marquées par des révélations accablantes, l’accusation a dressé un réquisitoire sans concession.
Un tableau sombre d’une corruption au sommet de l’État
Le procureur Sébastien de La Touanne a décrit une affaire d’ampleur exceptionnelle, évoquant « une corruption de haute intensité, attisée par l’ambition, la soif de pouvoir et la cupidité », qui aurait atteint « les plus hautes sphères de l’État ». Selon lui, Nicolas Sarkozy aurait mis « son énergie et son talent » au service d’une « quête effrénée » de financements illégaux, l’amenant à conclure un « pacte de corruption faustien » avec le dictateur libyen Mouammar Kadhafi.
Le parquet rappelle que Kadhafi était responsable de plusieurs attentats meurtriers, notamment celui du DC-10 d’UTA en 1989, qui a fait 170 morts, et celui de Lockerbie en 1988, ayant causé 270 décès. Pour l’accusation, cet accord avec le régime libyen constitue une « négation des devoirs de probité et d’exemplarité attendus d’un président de la République », ainsi qu’un « mépris des règles du financement politique ».
Des réquisitions d’une sévérité inédite
Poursuivi pour « corruption », « association de malfaiteurs », « recel de détournement de fonds publics » et « financement illégal de campagne », Nicolas Sarkozy risque sept ans de prison ferme, 300 000 euros d’amende, ainsi qu’une interdiction d’exercer une fonction juridictionnelle pendant cinq ans, notamment au sein du Conseil constitutionnel.
Claude Guéant, ancien ministre de l’Intérieur, accusé d’avoir réceptionné des valises de billets, encourt six ans de prison, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Le parquet réclame également la confiscation de son appartement dans le 16e arrondissement de Paris, financé selon l’accusation grâce à un demi-million d’euros d’origine libyenne.
Brice Hortefeux, fidèle soutien de Nicolas Sarkozy, est menacé d’une peine de trois ans ferme, 150 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.
Les intermédiaires financiers impliqués dans l’affaire ne sont pas épargnés. Ziad Takieddine, décrit comme « un agent de corruption », actuellement en fuite au Liban, risque six ans de prison et trois millions d’euros d’amende. Alexandre Djouhri, qui aurait été reçu à 59 reprises à l’Élysée, encourt cinq ans ferme et quatre millions d’euros d’amende.
D’autres prévenus font face à des réquisitions lourdes : le Libyen Bechir Saleh (six ans ferme et quatre millions d’euros d’amende), le banquier suisse Wahib Nacer (quatre ans et un million d’euros d’amende), ainsi que les milliardaires saoudiens Khaled et Ahmed Salem Bugshan, accusés d’avoir servi de relais bancaires dans cette affaire.
Une défense vent debout contre les accusations
En réaction à ces réquisitions, Nicolas Sarkozy a dénoncé, dans un communiqué publié sur le réseau social X, « les constructions intellectuelles » du parquet, qu’il accuse de « bafouer les principes fondamentaux du droit ». L’ancien président estime que « la fausseté et la violence des accusations et l’outrance de la peine réclamée » visent à masquer « la faiblesse des charges alléguées ».
Le procès, d’une ampleur inédite pour un ancien chef d’État français, reprendra lundi 31 mars avec les plaidoiries de la défense. Pour le parquet, il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a conclu un accord avec Mouammar Kadhafi et, une fois élu président, a détourné les moyens de sa fonction pour favoriser les intérêts du régime libyen.
L’issue de ce procès pourrait marquer un tournant historique dans la lutte contre la corruption politique en France.
Boudal NDIATH