Worshippers observe social distancing at the Bradford Central Mosque on the first day of Eid, in Bradford, West Yorkshire, one of the areas where new measures have been implemented to prevent the spread of coronavirus. Stricter rules have been introduced for people in Greater Manchester, parts of East Lancashire, and West Yorkshire, banning members of different households from meeting each other indoors.
L’Aïd al-Fitr, marquant la fin du mois sacré du Ramadan, est célébré cette année les 30 ou 31 mars 2025, selon les pays. Cette fête, également appelée « Aïd el-Seghir » ou « petite fête » en opposition à l’Aïd al-Adha, la « grande fête », est un moment de joie et de partage profondément ancré dans les traditions musulmanes. Mais d’où vient cette célébration et comment s’est-elle développée en Afrique du Nord ?
Une fête ancrée dans l’histoire islamique
L’Aïd al-Fitr trouve son origine dans les premiers temps de l’islam. Selon les sources historiques, la première célébration aurait eu lieu en 624, deux ans après l’Hégire du Prophète Muhammad, au lendemain de la bataille de Badr. Ce moment fut l’occasion de rendre grâce et de renforcer la cohésion des premiers musulmans.
Le calendrier hégirien, utilisé pour déterminer la date de cette fête, repose sur le cycle lunaire. L’anthropologue Malek Chebel rappelle que ce calendrier comprend douze mois totalisant 354 jours, ce qui explique le décalage annuel de l’Aïd al-Fitr d’environ dix jours dans le calendrier grégorien. Depuis des siècles, le calcul de la nouvelle lune est un sujet de débat, certains réformateurs prônant l’adoption de l’astronomie pour plus de précision.
L’introduction et l’évolution de l’Aïd en Afrique du Nord
L’Égypte fut le premier pays africain à adopter cette célébration, vers la fin du VIIe siècle. Sous la dynastie des Fatimides (909-1171), installée au Caire en 969, l’Aïd al-Fitr prit une dimension sociale importante. Une institution, la Dar al-Fitr, fut mise en place pour confectionner et distribuer des vêtements et des douceurs aux populations.
En Afrique du Nord, la fête s’est implantée progressivement avec l’expansion de l’islam et l’influence des grandes dynasties arabo-musulmanes. Dès le XIVe siècle, l’historien Ibn Qayyim al-Jawziyya souligne l’importance du prône collectif du matin de l’Aïd, un moment central pour la communauté. À Fès, comme le mentionne Roger Le Tourneau dans « La Vie quotidienne à Fès en 1900 », les grandes prières de l’Aïd se déroulaient en plein air, aux abords de la ville.
Symbolisme et rituels de l’Aïd al-Fitr
L’Aïd al-Fitr est une fête marquée par plusieurs rituels symboliques qui lui confèrent une importance spirituelle et sociale :
- La prière collective : Elle se déroule au matin de l’Aïd, généralement dans des espaces ouverts.
- Le premier repas : Après un mois de jeûne, ce repas matinal marque la rupture définitive du Ramadan.
- Le port de vêtements neufs : Il symbolise le renouveau et la pureté.
- L’aumône obligatoire (zakat al-fitr) : Chaque musulman aisé doit offrir une contribution aux plus démunis, en argent ou en nourriture.
Dès la 26e nuit du Ramadan, appelée Laylat al-Qadr ou « nuit du destin », les préparatifs débutent. À l’époque fatimide, au Caire, une procession de notables se rendait au Jabal al-Mukattam pour observer la nouvelle lune. Le matin de l’Aïd, la population se rassemblait pour accompagner le Calife jusqu’à la prière.
Des traditions spécifiques en Afrique du Nord
Chaque région d’Afrique du Nord a développé ses propres traditions autour de l’Aïd al-Fitr. Parmi les plus remarquables :
- Les offrandes aux enfants : Introduite par les Mamelouks, la coutume d’offrir de l’argent ou des cadeaux aux plus jeunes est aujourd’hui généralisée.
- Le « hak el-melh » au Maroc : Un geste symbolique où les hommes offrent un présent aux femmes de leur famille en reconnaissance de leur contribution culinaire durant le Ramadan.
- Les festivités sucrées : Durant trois jours, les pâtisseries et mets sucrés sont à l’honneur, réintroduisant les corps affaiblis par le jeûne à un mode de vie normal.
L’Aïd al-Fitr : Une célébration de la renaissance
L’Aïd al-Fitr ne se limite pas à une simple rupture du jeûne, mais représente un moment de renouveau, de solidarité et de partage. Comme le souligne Jeune Afrique, « du vide au plein, l’Aïd al-Fitr est un printemps de l’organisme, celui de la (re)fleuraison du corps et du cœur ». À travers les âges, cette fête est restée un pilier du calendrier musulman, reflétant la richesse culturelle et spirituelle des sociétés nord-africaines
Boudal NDIATH