Dakar, 3 avril 2025 – Une réunion interministérielle s’est tenue ce jeudi à la primature sous la présidence du Premier ministre Ousmane Sonko, afin de se pencher sur la situation critique de l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) SA et de la compagnie aérienne nationale Air Sénégal. Ces deux entités publiques, en proie à des difficultés financières et organisationnelles, bénéficient d’un plan de restructuration d’envergure visant à garantir leur pérennité.
Un plan de redressement pour Air Sénégal
Face aux pertes accumulées par la compagnie nationale, le gouvernement a adopté une série de mesures destinées à assainir sa gestion et améliorer sa compétitivité. Parmi les décisions phares :
- L’apurement des dettes d’exploitation d’ici fin juin 2025 ;
- Le lancement d’un audit complet (opérationnel, financier et organisationnel) ;
- La reconstitution des fonds propres avec une injection de liquidités d’au moins 16 milliards FCFA ;
- Le redimensionnement du réseau et de la flotte selon la demande réelle ;
- La finalisation des plans stratégiques 2025-2029 et des contrats de performance avant juin 2025 ;
- La création d’une filiale, Air Sénégal Express, dédiée aux vols intérieurs et aux dessertes vers les pays limitrophes ;
- L’acquisition finale des aéronefs L410NG pour renforcer la flotte.
AIBD SA : vers une restructuration en profondeur
L’aéroport international Blaise Diagne, dont la gestion a été souvent critiquée, fera également l’objet d’une restructuration majeure. Les mesures adoptées incluent :
- Un audit des marchés et la résiliation des contrats non essentiels ;
- L’achèvement de l’audit organisationnel et la mise en place d’une restructuration ;
- Une rationalisation des dépenses de fonctionnement d’ici décembre 2025 ;
- La mise en œuvre d’un plan social progressif et négocié ;
- L’harmonisation des statuts du personnel ;
- L’apurement des passifs de l’ex-ADS et de l’ISA ;
- La révision de la convention de concession de l’aéroport ;
- La priorisation des projets du Hub aérien à fort potentiel ;
- La mise en place d’un mécanisme d’apurement de la dette RDIA ;
- L’exploration de financements alternatifs, notamment à travers des Partenariats Public-Privé (PPP) et des émissions de Sukuk ;
- La finalisation de la convention des dettes croisées entre l’État et l’AIBD ;
- Le développement du fret aérien pour faciliter l’exportation des produits sénégalais ;
- La certification des aéroports régionaux de Cap Skirring, Ziguinchor, Matam et Saint-Louis.
Un tournant décisif pour le secteur aérien sénégalais
Ces mesures traduisent la volonté du gouvernement de restructurer en profondeur ces deux entités stratégiques. L’objectif est non seulement d’assainir leur gestion financière, mais aussi d’en faire des acteurs compétitifs sur le marché aérien régional et international.
Si ces décisions sont mises en œuvre avec rigueur, elles pourraient amorcer un redressement significatif du secteur aérien sénégalais. Toutefois, leur succès dépendra de la transparence dans la gestion, de l’efficacité des audits annoncés et de la capacité des dirigeants à impulser un changement durable.
Le gouvernement semble déterminé à tourner la page des difficultés structurelles de l’aviation nationale. Reste à savoir si ce plan ambitieux portera ses fruits dans les délais impartis.
Boudal NDIATH