Réuni en Conseil des ministres ce mercredi 9 août 2025 au Palais de la République, le gouvernement, sous la houlette du Premier ministre Ousmane Sonko, a placé la réforme de la santé mentale au cœur de ses priorités. Face à l’urgence et aux récents drames liés à la question, l’État entend moderniser un cadre juridique vieux de cinquante ans et poser les bases d’une prise en charge plus humaine et plus efficace.
Une législation dépassée
Le Premier ministre a attiré l’attention du Conseil sur l’obsolescence de la loi n°75-80 du 9 juillet 1975, relative au traitement des maladies mentales et au régime d’internement de certaines catégories d’aliénés. Cette loi, jugée inadaptée aux enjeux actuels, ne répond plus aux réalités du pays ni aux normes internationales.
Une prise en charge encore lacunaire
Ousmane Sonko a mis en exergue plusieurs défis majeurs autour de la santé mentale au Sénégal :
- l’absence d’un cadre politique structurant et d’un dialogue intersectoriel ;
- la non-application du Programme national de santé mentale 2024-2028 ;
- la persistance de l’errance des malades mentaux dans les rues ;
- l’intégration insuffisante des soins psychiatriques dans les structures de santé de base ;
- et l’absence d’une politique de financement durable pour ce secteur.
Concernant la situation alarmante des malades mentaux errants, le Premier ministre a rappelé que ce phénomène est avant tout une question de santé publique, avec une forte dimension sociale. Il appelle à une meilleure implication des familles, des communautés, mais aussi des pouvoirs publics pour y remédier durablement.
Un Comité ad hoc chargé de mener les réformes
Pour répondre à cette urgence, le chef du gouvernement a instruit le Ministre de la Santé et de l’Action sociale, en collaboration avec ses collègues en charge de la Justice, de l’Intérieur et de la Famille, de mettre en place un Comité ad hoc. Ce dernier devra, d’ici fin août 2025, :
- finaliser la révision de la loi de 1975 ;
- mettre en œuvre le plan stratégique 2024-2028 pour l’amélioration des soins en santé mentale.
Les grandes lignes de la réforme
Les réformes attendues devront s’articuler autour des axes suivants :
- le renforcement des capacités des unités spécialisées de soins psychiatriques ;
- la résorption du déficit en médecins psychiatres ;
- la prise en charge réglementée des malades mentaux errants dans l’espace public ;
- l’effectivité des visites de contrôle des centres d’internement ;
- un programme national de sensibilisation, qui sera piloté par le Ministère de la Santé en collaboration avec le Ministère de la Famille et des Solidarités.
Une volonté politique affichée
Le gouvernement semble donc vouloir enclencher un changement profond et durable dans le secteur de la santé mentale, longtemps relégué au second plan. Cette volonté réformatrice, si elle est menée à terme, pourrait représenter une avancée majeure pour les droits et le bien-être des personnes souffrant de troubles mentaux au Sénégal.
Boudal NDIATH