Le 22 avril 2025, Accra ne sera pas seulement la capitale du Ghana : elle deviendra, pour un temps, le centre de toutes les interrogations ouest-africaines. Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’apprête à célébrer ses 50 ans d’existence, l’heure est moins aux festivités qu’aux remises en question. En toile de fond, une question centrale : qui succédera à Bola Ahmed Tinubu à la tête de l’organisation ? Et Bassirou Diomaye Faye, le président sénégalais, acceptera-t-il d’assumer ce rôle périlleux ?
Diomaye Faye : l’espoir prudent
Depuis plusieurs semaines, le nom de Bassirou Diomaye Faye circule avec insistance dans les sphères diplomatiques d’Abuja, Lomé, Cotonou ou Nouakchott. Élu en mars 2024 dans un contexte de rupture démocratique au Sénégal, il incarne pour beaucoup un espoir de renouveau pour une CEDEAO fragilisée.
En théorie, la présidence tournante devrait revenir à un chef d’État francophone, et plusieurs pays soutiennent discrètement une candidature sénégalaise. Toutefois, Diomaye Faye hésite. Selon ses proches, il craint d’endosser la lourde charge de diriger une institution contestée, dans un contexte d’affaiblissement marqué par le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso.
Son profil, pourtant, semble taillé pour le défi : figure de neutralité, partisan d’une CEDEAO rénovée fondée sur la souveraineté et la solidarité, il pourrait incarner la relance d’une organisation en quête de légitimité.
Un anniversaire amer
Créée le 28 mai 1975 à Lagos, la CEDEAO devait fêter son cinquantenaire comme une réussite de l’intégration régionale — avec la libre circulation, un passeport commun, des projets économiques ambitieux. Mais l’événement s’annonce plombé par les crises internes.
Les fractures se sont accentuées avec la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) par les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, scellant leur rupture avec la CEDEAO. Malgré des tentatives de dialogue, le fossé reste profond.
Le sommet d’Accra, qui ouvre les festivités, doit aussi aborder des questions sensibles, notamment la gestion du patrimoine de l’organisation dans les pays sortants, où plusieurs locaux restent en suspens, alimentant les tensions.
Une possible réconciliation ?
Depuis février 2025, quelques signaux d’apaisement émergent : lors d’une réunion à Bamako, les ministres de l’AES ont laissé entrevoir une volonté de dialogue, à condition d’une autocritique de la CEDEAO sur ses méthodes passées.
Dans ce contexte tendu, Bassirou Diomaye Faye pourrait jouer un rôle déterminant. Son discours d’Addis-Abeba, en mars dernier, appelant à “réinventer la CEDEAO sur des bases égalitaires et souverainistes”, a été perçu comme une main tendue sans renier les principes démocratiques.
À l’heure du choix
À 50 ans, la CEDEAO traverse une crise existentielle. Contestée par ses opinions publiques, concurrencée par d’autres organisations comme l’UEMOA, l’AES ou la ZLECAF, elle doit se réinventer ou risquer de s’effacer. L’éventuelle acceptation de Bassirou Diomaye Faye à sa présidence n’effacera pas les défis structurels. Mais elle pourrait symboliser un nouveau départ, dans une CEDEAO en quête non seulement d’un leader, mais d’une nouvelle légitimité.
À condition que les chefs d’État, et surtout les peuples ouest africains, soient prêts à écrire cette nouvelle page.
Boudal NDIATH