Dans la banlieue de Dakar, l’assainissement reste l’un des défis majeurs d’une urbanisation rapide et souvent incontrôlée. À chaque saison des pluies, les inondations rappellent cruellement aux habitants de Pikine, Guédiawaye, Keur Massar ou encore Rufisque que l’accès à un cadre de vie sain demeure un luxe inaccessible pour beaucoup. Entre réseaux d’évacuation insuffisants, insalubrité chronique et risques sanitaires, les défis sont nombreux et les solutions encore trop lentes à se concrétiser.
Une urbanisation rapide, un réseau dépassé
Depuis plusieurs décennies, la banlieue dakaroise connaît une explosion démographique sans précédent. Des milliers de familles, venues de tout le pays, s’installent dans des quartiers où les infrastructures peinent à suivre le rythme de cette croissance.
Le système d’assainissement, prévu à l’origine pour de petites agglomérations, est aujourd’hui largement dépassé. Dans de nombreux secteurs, les canalisations sont obstruées, inexistantes ou tout simplement inefficaces face aux pluies intenses. Les eaux usées se mélangent aux eaux pluviales, envahissant rues et maisons, avec des conséquences dramatiques pour les habitants.
Des conséquences lourdes pour les populations
Les inondations récurrentes n’ont pas qu’un impact matériel : elles affectent directement la santé publique. Paludisme, choléra, maladies diarrhéiques se propagent dans des quartiers où l’eau stagnante devient un véritable foyer d’infection.
En outre, les activités économiques sont paralysées : marchés inaccessibles, écoles fermées, routes impraticables. Pour les familles, les pertes financières s’ajoutent à l’angoisse de voir leurs habitations envahies d’une année à l’autre.
Des initiatives, mais des résultats mitigés
Conscientes de l’ampleur du problème, les autorités sénégalaises ont lancé plusieurs programmes, notamment le Plan Décennal de Lutte contre les Inondations (PDLI). L’Office National de l’Assainissement du Sénégal (ONAS) multiplie également les projets de construction et de réhabilitation des réseaux d’évacuation.
Sur le terrain, certaines initiatives locales voient aussi le jour : des comités de quartiers organisent des journées de nettoyage, sensibilisent à l’entretien des caniveaux et tentent de responsabiliser les riverains. Toutefois, malgré ces efforts, les résultats restent en deçà des besoins. Les travaux, souvent longs et coûteux, peinent à couvrir l’ensemble du territoire concerné.
Un défi à plusieurs dimensions
Au-delà des infrastructures, l’assainissement pose la question de l’aménagement urbain dans son ensemble. L’occupation anarchique des sols, l’absence de planification et l’insuffisance des moyens financiers compliquent toute solution durable.
Face aux effets du changement climatique, qui accroît la violence des pluies, il devient indispensable d’adopter une approche globale : moderniser les réseaux, contrôler l’urbanisation, renforcer l’éducation environnementale et impliquer davantage les populations.
L’assainissement de la banlieue dakaroise n’est plus une simple question de confort : c’est un enjeu de santé publique, de justice sociale et de dignité humaine. Si rien n’est fait à grande échelle et rapidement, la situation risque de s’aggraver dans les années à venir, menaçant des millions de citoyens déjà vulnérables.
Dans cette bataille, chaque acteur a un rôle à jouer : État, collectivités locales, partenaires techniques, mais aussi habitants, qui doivent être au cœur de la solution. Parce que l’accès à un environnement sain ne devrait jamais être un privilège, mais un droit fondamental.
Boudal NDIATH