Le président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS), Mamadou Ibra Kane, a vivement critiqué la décision du gouvernement de suspendre près de 400 organes de presse à la suite d’un arrêté ministériel daté du 22 avril. Lors d’une interview accordée à la Télévision Futur Média (TFM), il a annoncé un recours imminent contre cette mesure jugée « illégale et arbitraire ».
« La création d’un média n’est pas soumise à autorisation administrative. Seule une décision de justice peut ordonner l’arrêt de ses activités, » a rappelé M. Kane.
La mesure en question exige l’arrêt immédiat de la diffusion de contenus jugés non conformes au code de la presse, sans qu’aucune procédure judiciaire n’ait été engagée, ce qui soulève de vives inquiétudes dans le milieu médiatique.
Cette décision intervient dans un contexte de crise structurelle du secteur. Mamadou Ibra Kane retrace les difficultés remontant à 2015, avec l’envolée des prix du papier, aggravée par la crise de la Covid-19. Il déplore le non-bénéfice des aides publiques pourtant promises aux entreprises impactées.
« Nous avons été exclus des 1000 milliards alloués aux entreprises en difficulté, » dénonce-t-il.
L’arrivée du nouveau régime n’a fait qu’intensifier la pression : refus de l’effacement fiscal, gel des subventions à la presse inscrites dans le budget 2024, et même résiliation des contrats publicitaires publics.
Reconnaissant toutefois une part de responsabilité des professionnels eux-mêmes, il admet :
« Nos médias sont restés au 20e siècle alors que le monde est au 21e. »
Malgré les manquements internes, il appelle à une approche stratégique de l’État envers la presse, essentielle selon lui à la démocratie et à l’influence du Sénégal.
« L’information est aujourd’hui l’arme principale dans la compétition entre nations. »
Boudal NDIATH