L’ancien président sénégalais Macky Sall explore activement la possibilité de briguer le poste de Secrétaire général des Nations unies en décembre 2026, à l’issue du second mandat du Portugais António Guterres. Bien qu’il n’ait pas encore officialisé sa candidature, plusieurs sources concordantes, notamment citées par Africa Intelligence, confirment qu’il a entamé des démarches diplomatiques discrètes en ce sens.
Selon les révélations du média spécialisé, Macky Sall aurait évoqué cette ambition lors d’une rencontre confidentielle avec le président français Emmanuel Macron, en mars dernier. La réunion, tenue à huis clos, aurait permis d’aborder les contours d’une potentielle candidature. Paris, sans donner un appui formel, ne s’y serait pas opposé. Déjà, au moment de sa renonciation à un troisième mandat présidentiel, des voix proches de l’Élysée évoquaient de « très belles perspectives de reconversion » pour l’ex-chef de l’État sénégalais.
Conscient des défis liés à une telle fonction — notamment l’exigence d’éviter le veto d’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité — Macky Sall mène une stratégie d’approche diplomatique équilibrée. Il multiplie les contacts dans les grandes capitales, de Washington à Pékin, afin d’élargir son réseau d’alliés. Des échanges auraient récemment eu lieu avec Lu Shaye, ancien ambassadeur de Chine au Sénégal, en prélude à un déplacement prévu en Chine.
Pour consolider son profil, Macky Sall met en avant sa présidence de l’Union africaine (2022-2023), période durant laquelle il a porté la voix du continent pour une meilleure représentation africaine dans les instances internationales. Il capitalise aussi sur sa position « équilibrée » sur le conflit russo-ukrainien pour apparaître comme un interlocuteur neutre sur la scène mondiale.
Mais l’ancien président sénégalais doit aussi composer avec un contexte national compliqué. Depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye et la nomination d’Ousmane Sonko au poste de Premier ministre, les relations entre l’ancien et le nouveau pouvoir sont tendues. Des accusations, voire des menaces de poursuites judiciaires, planent sur Macky Sall. Or, le soutien du pays d’origine est un critère important — bien que non officiel — dans toute candidature au poste de Secrétaire général de l’ONU.
Son entourage tente de minimiser cet obstacle en invoquant des précédents où des candidats ont pu compter sur des soutiens extérieurs malgré des tensions internes. Des discussions informelles seraient même en cours avec les nouvelles autorités sénégalaises pour tenter d’aplanir les divergences et créer un front diplomatique uni autour de sa candidature.
Installé à Marrakech depuis la fin de son mandat, Macky Sall s’est entouré de conseillers en communication et en diplomatie pour affiner sa stratégie. Toutefois, il devra aussi faire face à une autre difficulté : la tradition non écrite de rotation géographique au sein des Nations unies. Après l’Europe, certains diplomates estiment que le prochain Secrétaire général devrait venir d’Amérique latine, ce qui pourrait affaiblir les chances d’un candidat africain.
À un an et demi de l’échéance, Macky Sall n’est pas encore officiellement candidat. Mais son activisme diplomatique et les signaux envoyés à ses partenaires internationaux témoignent d’une volonté claire de se positionner dans la course. Reste à savoir si l’ancien président sénégalais parviendra à surmonter les obstacles internes et géopolitiques qui se dressent sur sa route.
Boudal NDIATH