Ce 23 juin marque la Journée internationale des lanceurs d’alerte, une occasion de mettre en lumière le rôle crucial que jouent ces citoyens engagés dans la lutte contre la corruption, les abus de pouvoir ou les violations des droits humains. À cette occasion, la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) publie une nouvelle cartographie dressant l’état des lieux des lois de protection à travers le continent africain.
Selon cette étude, seuls 12 pays africains ont adopté des législations spécifiques protégeant les lanceurs d’alerte. L’Afrique du Sud a été la pionnière dès l’an 2000, suivie du Ghana (2006), du Nigeria, du Kenya, et plus récemment de la Tanzanie (2022). Dans ces pays, les lanceurs d’alerte peuvent bénéficier d’un cadre juridique dédié lorsqu’ils révèlent des informations d’intérêt public.
À l’inverse, l’Érythrée, la Guinée équatoriale et la Guinée-Bissau figurent parmi les pays les plus en retrait, n’offrant pratiquement aucune protection concrète malgré des engagements politiques affichés contre la corruption.
Entre les deux, une zone intermédiaire couvre une trentaine de pays qui évoquent les lanceurs d’alerte dans des lois plus générales (anticorruption, criminalité organisée), mais sans mécanisme de protection spécifique. Dans ces États, ceux qui osent briser le silence restent souvent livrés à eux-mêmes, exposés à des représailles professionnelles, judiciaires ou personnelles.
La Convention des Nations Unies contre la corruption et celle de l’Union africaine définissent pourtant des normes internationales en matière de protection. Mais sans lois nationales effectives pour les mettre en œuvre, ces normes restent largement symboliques.
À l’heure où l’alerte citoyenne devient un levier essentiel de transparence et de justice, l’Afrique avance, mais à pas lents. Pour PPLAAF, cette journée est un rappel fort : protéger les lanceurs d’alerte, c’est protéger l’intérêt général.
Boudal NDIATH