C’est une première depuis 2013. À l’invitation du groupe d’amitié France-Sénégal de l’Assemblée nationale française, sept députés sénégalais ont effectué une visite officielle de cinq jours à Paris. L’initiative, selon Jeune Afrique, visait à réchauffer les relations entre les deux pays, mises à mal depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en avril 2024.
La délégation était dirigée par Abdoul Kadyr Sonko, président du groupe d’amitié Sénégal-France et membre du Pastef. Elle comptait également Amadou Ba, cinquième vice-président de l’Assemblée, Ayib Daffé, président du groupe parlementaire du Pastef, Fatou Diop Cissé, présidente de la commission des Affaires étrangères, ainsi que deux élus de l’opposition : Djimo Souaré (Takku Wallu) et Adama Diallo (non-inscrit).
Entretiens de haut niveau et volonté d’apaisement
Durant leur séjour, les députés ont rencontré plusieurs hauts responsables français. La mission a débuté le 17 juin par un échange avec la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, présidée par Bruno Fuchs (MoDem). Le lendemain, une rencontre a eu lieu avec le ministre de la Francophonie et des Partenariats internationaux, Thali Mohamed Soilihi.
Le point culminant de la visite a été une audience à l’Élysée avec Jérémy Robert, conseiller Afrique du président Emmanuel Macron. La délégation sénégalaise a également eu une séance de travail avec Rémy Rioux, directeur de l’Agence française de développement (AFD).
À chaque étape, les parlementaires du Pastef ont cherché à rassurer leurs interlocuteurs. « Le Pastef n’est pas un parti anti-France », ont-ils insisté, dénonçant les « campagnes médiatiques » qui auraient faussement attribué au parti une hostilité systématique à l’égard de Paris. Amadou Ba a clarifié : « Nous avons une idéologie souverainiste, panafricaniste. Nous voulons certes une rupture profonde, audacieuse et ambitieuse avec la France. Mais pas une rupture brutale. »
Des sujets sensibles sur la table
Outre la clarification idéologique, plusieurs dossiers épineux ont été abordés. La mémoire du massacre de Thiaroye en décembre 1944 figure en tête des préoccupations sénégalaises. Une commission dirigée par l’historien Mamadou Diouf travaille à faire la lumière sur cet épisode tragique, mais se heurte à l’accès restreint aux archives françaises. La délégation a plaidé pour une plus grande ouverture de ces documents aux chercheurs sénégalais.
La question des visas et de la mobilité étudiante a également occupé une place importante. Les députés ont dénoncé les effets de la réforme de 2018, qui a multiplié les frais d’inscription pour les étudiants étrangers non-européens, dont les Sénégalais. Ils ont aussi exprimé leur inquiétude face aux difficultés croissantes d’obtention de visas.
Autre sujet abordé : la situation des retraités franco-sénégalais, installés au Sénégal mais obligés de revenir régulièrement en France pour justifier leur droit à pension. Les parlementaires ont relayé leurs doléances.
Vers un séminaire intergouvernemental en novembre
Ces discussions devraient se poursuivre lors d’un séminaire intergouvernemental prévu en novembre 2025, probablement à Paris. En amont, les commissions des Affaires étrangères des deux pays, en accord avec l’Élysée, s’attellent à la rédaction d’un mémorandum qui sera soumis aux gouvernements respectifs.
Une francophonie en débat
En marge de cette mission, les députés sénégalais ont pris part à un colloque sur la Francophonie, organisé par le député Aurélien Taché (LFI), président du groupe d’amitié France-Sénégal. À cette occasion, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a présenté un rapport de 154 pages sur l’avenir de la Francophonie.
Ce document propose notamment la création d’une académie francophone des langues pour déconcentrer la gestion culturelle aujourd’hui trop centrée sur Paris, et un programme Erasmus francophone visant à faciliter la mobilité étudiante dans l’espace francophone.
Cette mission parlementaire, bien que symbolique, marque un tournant dans les relations franco-sénégalaises. Loin d’une hostilité assumée, le Pastef entend redéfinir les bases d’une coopération plus équilibrée avec la France, dans un esprit de souveraineté mais aussi de responsabilité diplomatique.
Boudal NDIATH