Dans un documentaire diffusé le 22 juin sur France Télévisions, Emmanuel Macron tente une nouvelle fois de justifier sa politique africaine en misant sur son « innocence générationnelle ». Mais pour AfriqueXXI, cette posture ne tient plus : entre contradictions, double discours et déni, le président français s’enferme dans une lecture dépassée des relations franco-africaines.
Une défense par l’âge : la stratégie de l’innocence
« Je suis le premier président français à être né après les décolonisations, donc on ne va pas être enfermé dans notre passé », affirme Emmanuel Macron dans le documentaire « Afrique-France : le divorce ? ». Cette phrase, reprise presque mot pour mot de ses discours de 2017, revient comme une formule-clef de sa communication africaine.
Mais pour AfriqueXXI, cette déclaration ne passe plus. Dans son éditorial, le magazine estime que Macron se présente à tort comme un héritier malgré lui, voire comme une victime de l’histoire. Une posture jugée commode pour éviter toute remise en question : « Ce n’est pas sa politique qui est mauvaise : ce sont ceux qui la commentent et qui la subissent qui ne la comprennent pas. »
Les faits contredisent le discours
Malgré ses efforts pour se distancier de la Françafrique, Emmanuel Macron continue de multiplier les actes ambigus. AfriqueXXI rappelle notamment ses accolades avec Paul Biya, le président camerounais accusé de graves atteintes aux droits humains, ou encore son soutien tacite à Mahamat Idriss Déby Itno, arrivé au pouvoir au Tchad en 2021 après un coup d’État constitutionnel.
Ces compromissions alimentent l’idée que la Françafrique n’est pas morte, mais simplement rebaptisée. À cela s’ajoute une gestion sélective des coups d’État en Afrique : alors que les transitions militaires au Mali, Burkina Faso et Niger ont été vivement condamnées, celles du Gabon ou de la Guinée, jugées moins hostiles à la France, n’ont pas suscité les mêmes réactions.
L’affaire nigérienne : entre déni et tentation d’intervention
Emmanuel Macron assure que la France « ne fait plus ça », en parlant des interventions militaires en Afrique. Pourtant, AfriqueXXI cite des révélations de presse sur des tentatives avortées d’opérations militaires au Niger, après le renversement du président Mohamed Bazoum en 2023.
Plus encore, le magazine souligne un passage-clé : Jean-Marie Bockel, envoyé spécial du président pour l’Afrique, aurait reconnu devant la commission de la défense nationale que 2 000 soldats français avaient été prépositionnés en Côte d’Ivoire, dans l’éventualité d’une intervention armée au Niger.
Une rhétorique victimaire face aux nouvelles puissances
Le documentaire de France Télévisions insiste sur la montée des influences russe et turque en Afrique, présentées comme des menaces idéologiques. Une manière, selon AfriqueXXI, de déplacer le débat et de se poser en victime d’une guerre d’influence, sans questionner le passé colonial français.
Le magazine dénonce ce qu’il considère comme une amnésie volontaire : « si mariage il y eut, ce fut une union forcée, avec viols et abus répétés », peut-on lire dans l’éditorial. Et Macron d’être comparé à un « mari violent » incapable de reconnaître les cicatrices laissées par son comportement.
Le dernier mot à Armand Gauz
Le documentaire s’ouvre et se clôt par les paroles de l’écrivain Armand Gauz, dont les propos résonnent comme une réponse cinglante au monologue de l’Élysée :
« Calmez-vous les Blancs, tout va bien. La France n’est en perdition nulle part. On parle votre langue et on la parle plutôt bien, on dit vos poèmes. Donc collez-nous la paix un peu, on va faire deux trois trucs entre nous là, ça va bien se passer. »
une fracture générationnelle à contresens
En brandissant son âge comme un bouclier moral, Emmanuel Macron prétend s’être affranchi du passé colonial. Mais ceux qui contestent aujourd’hui la présence française sur le continent sont nés bien après la colonisation, rappelle AfriqueXXI. Et c’est précisément ce décalage que le président semble ne pas comprendre : la rupture n’est pas une affaire d’héritage, mais de dignité et de souveraineté.
Boudal NDIATH