À l’occasion du lancement officiel de l’Agenda National de Transformation de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (ANTESRI 2050), les étudiants sénégalais ont saisi l’opportunité des concertations nationales pour faire entendre leur voix. Dans une salle comble et attentive, leur cri du cœur a résonné comme un signal fort : « Nous ne voulons plus faire une licence en cinq ans au lieu de trois. »
Cette rencontre historique, tenue au Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD), a permis une libération de la parole estudiantine. Les frustrations exprimées vont bien au-delà de la durée des cycles universitaires. Les représentants des étudiants ont dénoncé un système qui les pousse à l’abandon, sans filet de sécurité académique.
« Nous sommes formés pour devenir des chômeurs », ont-ils lancé, dénonçant une absence de débouchés concrets, mais aussi le manque de mécanismes de rattrapage pour les étudiants en difficulté.
Un système en décalage avec les besoins nationaux
Les constats sont sans appel. L’université sénégalaise produit très peu de techniciens supérieurs, encore moins d’ingénieurs et de diplômés en sciences et technologies, alors que ce sont précisément ces profils qui sont indispensables à l’industrialisation du pays et à l’atteinte des objectifs de Sénégal 2050.
Le déséquilibre dans l’allocation des ressources en est un révélateur. Sur un investissement annuel de 1 118 738 francs CFA par étudiant, seuls 483 francs sont destinés à l’enseignement pédagogique. Le reste est absorbé par les dépenses sociales : bourses, logements, restauration. Si l’effort social de l’État est louable, il s’effectue au détriment de la recherche, de l’innovation pédagogique et de la qualité de l’enseignement.
Une prise de conscience saluée
Malgré les nombreux défis, la dynamique engagée autour de l’ANTESRI 2050 suscite de l’espoir. Les autorités restent convaincues qu’une transformation profonde est possible. Elles misent sur la réforme des curricula, l’adéquation formation-emploi et une nouvelle pédagogie adaptée aux réalités du marché.
« L’enseignement supérieur sénégalais est capable, en quelques années, de former des milliers d’ingénieurs et des dizaines de milliers de techniciens », ont assuré les responsables, en phase avec la vision du Sénégal pour 2050.
Cette ambition se veut inclusive et tournée vers l’excellence : permettre aux dizaines de milliers de nouveaux bacheliers d’accéder à des formations qui mènent à des métiers stratégiques : médecins, agronomes, informaticiens, pharmaciens, analystes…
Vers une université de solutions
L’ANTESRI 2050 marque ainsi une étape décisive dans la volonté de bâtir une université de solutions, capable de répondre aux attentes d’une jeunesse en quête de dignité, d’avenir et d’opportunités. Pour cela, l’engagement de toutes les parties prenantes – étudiants, enseignants, autorités, secteur privé – est plus que jamais nécessaire.
Boudal NDIATH