À la tête de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) depuis 2009, Me Augustin Emmanuel Senghor boucle une ère longue de seize années, marquée par des triomphes historiques, des réformes structurelles majeures mais aussi des critiques récurrentes. Alors qu’il a récemment confirmé sa candidature à un cinquième mandat, retour sur le bilan d’un président qui aura profondément transformé le football sénégalais.
Une arrivée dans un contexte instable
En août 2009, Me Senghor est élu président de la FSF après une élection tendue, dans un climat marqué par les échecs répétés des Lions de la Téranga. Juriste de formation et maire de Gorée, il s’impose comme un homme de dialogue et de réformes, soutenu par les milieux politiques et sportifs.
Des performances sportives inédites
Le Sénégal a connu sous sa direction les plus grandes réussites de son histoire footballistique :
- Finale de la CAN 2019 en Égypte,
- Champion d’Afrique en 2022 au Cameroun,
- Participations à deux Coupes du Monde (2018 en Russie, 2022 au Qatar),
- Qualification des U23 pour les Jeux Olympiques de Paris 2024,
- Succès notables des catégories U17, U20 et du football scolaire.
Ces résultats sont le fruit d’un travail de fond autour de la stabilité des équipes nationales, notamment grâce à la nomination d’Aliou Cissé en 2015, soutenu malgré les critiques du début.
Réformes et professionnalisation du football sénégalais
Me Senghor a engagé des réformes structurelles profondes :
- Création de la Ligue Sénégalaise de Football Professionnel (LSFP) en 2009,
- Modernisation du siège de la FSF et des outils de gestion,
- Soutien renforcé aux clubs et ligues régionales (plus de 1,7 milliard FCFA distribués sur une saison),
- Développement des centres techniques à Guéréo et Toubab Dialaw,
- Manuel de procédures financières et contrôles annuels par la Cour des Comptes.
Une figure continentale
Le rayonnement de Me Senghor dépasse les frontières du Sénégal :
- Premier vice-président de la Confédération Africaine de Football (CAF),
- Président de la Commission juridique de la CAF,
- Candidat déclaré à la présidence de la CAF en 2021, avant de se rallier à Patrice Motsepe dans un consensus panafricain.
Une gouvernance critiquée
Si son bilan est largement salué, il suscite aussi plusieurs critiques :
- Centralisation des décisions au niveau de Dakar, avec peu de pouvoir effectif accordé aux ligues régionales,
- Peu d’efforts visibles en faveur du football féminin, malgré un début d’organisation et quelques victoires régionales,
- Manque de transparence dans certains processus de gestion, notamment autour des marchés et partenariats,
- Des tensions périodiques avec des clubs ou membres influents de la fédération.
Une sortie repoussée : vers un 5e mandat
Alors que plusieurs observateurs attendaient son retrait, Me Senghor a confirmé en juin 2025 sa volonté de briguer un cinquième mandat, estimant que les chantiers engagés sont loin d’être achevés. Il a officiellement déposé sa candidature le 26 juin 2025.
Cette décision suscite des débats : pour certains, elle incarne la continuité nécessaire ; pour d’autres, un frein à l’alternance et au renouvellement.
Un bâtisseur au pouvoir prolongé
Augustin Senghor restera comme le président du premier sacre africain du Sénégal, mais aussi comme le bâtisseur d’une structure fédérale stable et respectée. Son mandat a profondément ancré le football sénégalais dans une nouvelle ère de performance et de gouvernance.
Mais la question demeure : faut-il changer un homme qui gagne ou renouveler pour progresser autrement ? L’élection à venir dira si son héritage ouvre encore la voie à un avenir collectif, ou s’il est temps pour lui de passer le témoin.
Boudal NDIATH