Le président américain Donald Trump a décidé de reporter le sommet États-Unis-Afrique initialement programmé pour le mois prochain à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Cette décision, annoncée le 7 août 2025, illustre un désintérêt croissant de Washington pour le continent africain, alors que la Chine continue de renforcer son influence économique et diplomatique dans la région.
La Maison-Blanche justifie ce report par un manque de temps et de personnel pour organiser un événement d’une telle envergure. « Selon plusieurs sources au sein de l’administration et du Congrès, cette date n’est plus d’actualité car la Maison-Blanche manque de temps pour accueillir correctement des dizaines de chefs d’État dans un délai aussi court », rapporte Jeune Afrique.
Le sommet pourrait être reprogrammé entre mars et avril 2026, mais cette fois-ci à Washington plutôt qu’à New York.
Cette volte-face intervient alors que Troy Fitrell, ancien responsable du Bureau des affaires africaines au Département d’État, avait formellement annoncé la tenue du sommet lors de l’Africa CEO Forum à Abidjan en mai dernier. « Il aura lieu cette année, sans aucun doute, et sera consacré au commerce et à l’investissement », avait-il déclaré, précisant qu’« il mettra l’accent sur les échanges entre partenaires et les relations entre égaux ».
Cependant, le départ à la retraite de Fitrell en juillet dernier, combiné aux crises ukrainienne et gazaouite qui monopolisent l’attention de l’administration Trump, a relégué l’Afrique au second plan. L’équipe diplomatique américaine chargée des affaires africaines, déjà réduite et débordée par les conflits en République démocratique du Congo et au Soudan, ne semble pas en mesure de mener à bien ce projet dans les délais impartis.
Judd Devermont, ancien directeur Afrique à la Maison-Blanche sous Joe Biden, tempère les critiques : « L’organisation d’un sommet États-Unis-Afrique réussi nécessite une planification et un travail de terrain important. Le report va probablement provoquer un certain contrecoup et renforcer le cynisme quant à la priorité accordée à l’Afrique, mais il aurait été désastreux d’organiser un sommet à la va-vite. »
Ce report place toutefois Donald Trump en situation délicate vis-à-vis de la législation américaine. En effet, le Congrès a inscrit dans le projet de loi sur la défense nationale de décembre 2024 l’obligation d’organiser un sommet États-Unis-Afrique tous les deux ans.
La disposition précise qu’« au plus tard un an après la date d’entrée en vigueur de la présente loi, et tous les deux ans par la suite, le président convoquera un sommet des dirigeants américains et africains afin de renforcer les liens et de promouvoir la coopération ».
Jeune Afrique note que « Trump serait techniquement en violation de cette loi s’il n’organisait pas de sommet cette année, mais le président américain n’est pas du genre à respecter scrupuleusement les règles ».
L’administration pourrait cependant soutenir que cette obligation a été partiellement remplie lors du déjeuner de travail du 9 juillet dernier avec les présidents du Gabon, de la Guinée-Bissau, du Liberia, de la Mauritanie et du Sénégal. Une interprétation restrictive de la loi, qui visait à institutionnaliser des rencontres de haut niveau avec l’ensemble du continent.