Face à l’effondrement économique que traverse la presse sénégalaise depuis la pandémie de Covid-19, Mamadou Ibra Kane, président du Conseil des diffuseurs et des éditeurs de presse (CDEPS), préconise une refondation du modèle économique des entreprises de presse.
Une situation économique alarmante
Le secteur des médias au Sénégal traverse l’une des plus graves crises de son histoire. Dettes fiscales, licenciements massifs, précarité croissante des journalistes, fermeture de plusieurs organes de presse : les difficultés s’accumulent depuis quelques années, mettant en péril la survie même de nombreuses entreprises du secteur.
Sur les ondes de la radio Sud FM, Mamadou Ibra Kane, président du CDEPS, a dressé un constat sans appel :
« Les entreprises de presse sont sevrées de ressources au Sénégal. Pour se refaire, elles doivent revoir leur modèle économique en se mutualisant et en revoyant leurs formes d’entrepreneuriat dans le secteur de la presse. »
Des solutions pour sortir de l’impasse
Selon M. Kane, la refonte du modèle économique doit passer par une mutualisation des efforts des entreprises du secteur, mais aussi par l’innovation dans la manière de gérer les médias en tant qu’entreprises à part entière.
Il appelle à la création d’instruments de financement adaptés, aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale, voire même à travers des formes de financement populaire.
« Des mécanismes de mobilisation de ressources sont nécessaires pour permettre aux petites entreprises d’accéder à des fonds conséquents », a-t-il souligné.
Une régie publicitaire commune envisagée
Parmi les pistes avancées figure également la mise en place d’une régie publicitaire partagée, qui regrouperait les médias afin de mutualiser l’accès au marché publicitaire, un levier essentiel pour la survie économique des entreprises de presse.
Cette régie permettrait de rééquilibrer la concurrence entre les grands groupes médiatiques et les plus petites structures, souvent laissées pour compte par les annonceurs.
Le virage digital comme impératif
Mamadou Ibra Kane insiste également sur la nécessité de prendre le tournant du numérique, non seulement pour rester compétitif, mais aussi pour capter de nouvelles ressources.
« La mutation digitale des médias est une nécessité pour mobiliser des ressources plus grandes que le Fonds d’appui et de développement de la presse », a-t-il déclaré, en référence à ce fonds public annuel qui varie entre 4 et 5 milliards de francs CFA.
Pour lui, seul un positionnement stratégique sur le marché mondial permettra aux médias sénégalais d’espérer une stabilité durable.
Une crise aggravée par la pandémie
La situation actuelle trouve son origine dans la pandémie de Covid-19, qui a brutalement freiné les activités économiques du pays. Depuis 2020, les entreprises de presse ont vu leurs recettes s’effondrer, perdant entre 70 % et 90 % de leur chiffre d’affaires.
Cette crise sans précédent, selon Mamadou Ibra Kane, exige des mesures urgentes, structurantes et concertées. Faute de quoi, le pluralisme médiatique et la liberté de la presse pourraient être durablement menacés au Sénégal.
Boudal NDIATH