Malgré un palmarès exceptionnel sur le continent africain et une reconnaissance mondiale, l’équipe nationale des sourds-muets du Sénégal dénonce un manque criant de considération de la part des autorités sportives. Première au classement africain et deuxième au niveau mondial, elle est aujourd’hui victime, selon son staff, d’une discrimination institutionnelle qui ne dit pas son nom.
Des performances de haut niveau… dans le silence
L’équipe nationale des sourds-muets s’impose depuis plusieurs années comme une force incontournable du sport africain et mondial. Ses joueurs, engagés et disciplinés, ont hissé haut le drapeau national lors des grandes compétitions internationales.
Pourtant, aucun soutien concret, ni reconnaissance officielle n’a suivi ces exploits. Les membres du staff technique ont exprimé leur colère face à ce qu’ils qualifient de mépris systématique.
“C’est une forme claire de discrimination,” affirme Semou Diouf, membre du staff technique. “Nous portons les couleurs nationales comme toutes les autres sélections. Pourquoi sommes-nous les seuls à être oubliés ?”
Une invitation prestigieuse ignorée ?
Preuve de leur réputation, l’équipe sénégalaise a été officiellement invitée à participer à un tournoi international au Japon en novembre 2025. Un rendez-vous de prestige, qui devrait mobiliser l’attention des décideurs. Et pourtant, à ce jour, aucune disposition n’a été prise par les autorités compétentes pour préparer le voyage.
Pour le staff, ce silence est un énième affront.
“Il n’y a eu aucune réunion, aucun engagement, aucun appui. C’est comme si on n’existait pas,” déplore un autre membre de l’encadrement.
L’indifférence des autorités sportives
Malgré leurs multiples alertes et appels à l’aide, ni le ministère des Sports, ni le Comité National Olympique et Sportif Sénégalais (CNOSS), ni la Fédération sénégalaise handisport n’ont réagi publiquement aux accusations de discrimination. Une attitude que le staff juge inacceptable, d’autant plus que d’autres disciplines reçoivent un soutien plus visible.
“Nous ne demandons pas des privilèges. Nous réclamons l’égalité, tout simplement,” insiste Semou Diouf.
Un appel à la Nation et au président
Au-delà du ministère, les encadreurs et joueurs en appellent au président de la République pour qu’il intervienne en faveur de la dignité et de la justice sportive.
“Ce que nous faisons est grand. Nous représentons le Sénégal. Nous méritons la même attention que les Lions du football ou du basket,” clament-ils d’une même voix.
Un combat pour l’inclusion et le respect
Le cas de l’équipe nationale des sourds-muets pose une question plus large : quelle place le Sénégal accorde-t-il à ses athlètes vivant avec un handicap ? En pleine ère de sensibilisation pour l’inclusion et l’équité, le mutisme des autorités contraste avec les discours politiques et institutionnels.
Dans un pays qui célèbre ses champions, l’équipe des sourds-muets mérite mieux que l’indifférence. Elle mérite la reconnaissance, le soutien logistique, et surtout le respect. À trois mois d’un tournoi international au Japon, les regards sont désormais tournés vers les décideurs : vont-ils laisser cette équipe voyager seule, ou faire preuve enfin d’équité ?
Boudal NDIATH