L’Afrique enregistre chaque année des pertes économiques estimées entre 2 et 5 % de son PIB en raison des catastrophes, principalement climatiques. L’alerte a été lancée par Mme Fanny Langella, Responsable de l’Unité Contenu et Réseaux Sociaux du Bureau des Nations Unies pour la Réduction des Risques de Catastrophe (UNDRR), lors d’un webinaire organisé le 3 septembre par le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN). La rencontre, supervisée par son Président exécutif, M. Bamba Youssouf, a réuni une centaine de journalistes autour du thème : « Les enjeux économiques de la réduction des risques de catastrophes en Afrique ».
Répondant à la question sur les impacts immédiats des catastrophes sur les économies africaines, Mme Langella a souligné l’ampleur des destructions d’infrastructures, de logements et les perturbations majeures du secteur agricole. Elle a aussi rappelé que, si les catastrophes climatiques dominent l’actualité, d’autres événements, comme le récent tremblement de terre au Maroc, ont démontré l’ampleur des conséquences économiques.
Un problème majeur, selon elle, reste la sous-évaluation des pertes. Les méthodes de comptabilisation ne tiennent compte que des dégâts dépassant un certain seuil, négligeant ainsi les catastrophes locales récurrentes qui affectent chaque année des villages entiers. « Ces petites catastrophes, cumulées, coûtent parfois plus cher que les grandes crises médiatisées », a-t-elle averti, insistant sur le rôle crucial des médias pour rendre visibles ces réalités.
Mme Langella a également mis en exergue les difficultés de mesure liées au poids du secteur informel et au faible taux d’assurance des ménages africains. Les pertes indirectes aggravent la situation : perturbations des chaînes d’approvisionnement, baisse de productivité, coûts de reconstruction qui freinent les investissements dans les infrastructures sociales, creusement des dettes publiques et ralentissement de la croissance.
Cette dynamique, a-t-elle expliqué, nourrit un cercle vicieux : ménages appauvris, enfants déscolarisés, gouvernements surendettés et économies fragilisées. « Moins de croissance, plus de chômage, plus d’inégalités : les catastrophes renforcent la pauvreté et la vulnérabilité structurelle en Afrique », a-t-elle résumé.
Pour la spécialiste, seule une approche nuancée, intégrant les réalités locales et une meilleure prise en compte des pertes invisibles, permettra de bâtir une résilience durable sur le continent.
Mbagnick DIOUF