Alors que des études récentes révèlent encore la présence de peintures fortement chargées en plomb sur le marché sénégalais, le Centre Antipoison sous l’égide du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, avec plusieurs partenaires, a organisé un atelier d’information et de sensibilisation sur l’évolution de la norme limitant la teneur en plomb dans les peintures. L’objectif est de renforcer la réglementation et protéger les enfants, les femmes enceintes et les ouvriers contre ce métal lourd hautement toxique.
Une rencontre qui se tient dans la cadre de la semaine internationale de sensibilisation à l’exposition au plomb. Elle vise à vulgariser la norme sénégalaise NS 09-059 et la norme régionale ECOSTAND 092-2022 de la CEDEAO, qui fixent à 90 parties par million (ppm) la teneur maximale autorisée en plomb dans les peintures. «Nous avons vu que le plomb est un produit extrêmement nocif, capable d’entraîner la mort ou des séquelles irréversibles chez les enfants. Il est donc nécessaire d’appliquer une réglementation stricte pour protéger nos populations », a déclaré le Pr. Ousmane Cissé, Directeur général de la Santé publique qui présidait la cérémonie d’ouverture. Selon lui, cette initiative s’inscrit dans un effort multisectoriel qui implique les départements de la santé, de l’environnement, les associations professionnelles et les partenaires techniques et financiers. « C’est ensemble que nous devons agir pour limiter l’utilisation du plomb et prévenir ses effets néfastes », a-t-il ajouté.
Les études menées par le Centre Antipoison en 2019, 2023 et 2025 montrent que certaines peintures à l’huile, notamment les pigments rouges, jaunes et orangés, contiennent des taux de plomb dépassant parfois mille fois la limite recommandée.
Une situation alarmante selon le Pr. Mamadou Fall, Directeur du Centre Antipoison, qui tire la sonnette d’alarme : « Le plomb atteint le système nerveux des enfants, réduit leur quotient intellectuel et perturbe leur mémoire. Aucun niveau d’exposition n’est sans danger. C’est pourquoi il est urgent d’agir à la source, en éliminant ce métal des peintures. » Il rappelle que les effets du plomb sont durables : «Une fois dans l’organisme, il se dépose dans les os et les tissus. Même après traitement, les séquelles intellectuelles peuvent être irréversibles. »
Les participants ont également discuté de la nécessité d’un encadrement strict du secteur industriel. « Si les fabricants et importateurs respectent la réglementation, nous n’aurons plus besoin de sensibiliser la population sur ce risque », estime le Pr. Fall qui poursuit que « Le problème n’est pas la demande, mais l’offre : il faut interdire la fabrication et la vente de peintures contenant du plomb. » Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et l’ONG Lead Exposure Elimination Project (LEEP) accompagnent le Sénégal dans cette transition vers des peintures sans plomb, plus sûres pour la santé et l’environnement.
Vers une réglementation régionale renforcée
Au niveau sous-régional, la CEDEAO a adopté en 2023 un règlement communautaire (C/REG.13/07/23) rendant obligatoire l’application de la norme ECOSTAND 092-2022 dans les États membres. Le Sénégal s’aligne ainsi sur la dynamique mondiale menée par l’Alliance mondiale pour l’élimination du plomb dans les peintures, avec le soutien de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). «Il est possible d’avoir des peintures sans plomb, et ce n’est pas compliqué. Il faut simplement la volonté des fabricants et l’application rigoureuse des normes», a insisté le Pr. Fall, rappelant que le plomb a déjà été éliminé de l’essence au Sénégal depuis 2006, avec des effets positifs mesurables sur la santé publique.
Les autorités envisagent de décentraliser la sensibilisation vers les ouvriers, peintres, entrepreneurs et graffeurs, souvent en contact direct avec les peintures, afin de prévenir les expositions professionnelles. Pour le Pr. Cissé, l’objectif est clair : « Limiter l’utilisation du plomb dans les peintures, c’est sauver des vies, protéger nos enfants et assurer un environnement plus sain pour tous. »
Mbagnick DIOUF