À l’approche de la COP30, qui se tiendra à Belém, au Brésil, la Directrice Exécutive de Greenpeace Afrique, Dr Oulie Keita, lance un appel vibrant aux dirigeants africains pour qu’ils s’engagent avec fermeté en faveur de la justice climatique.
Pour elle, l’Afrique, malgré sa contribution marginale aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique. « L’Afrique ne demande pas la charité, elle exige l’équité », affirme-t-elle.
Le Bassin du Congo, un poumon vital menacé
Au cœur de la République démocratique du Congo, la forêt du Bassin du Congo joue un rôle crucial dans la régulation du climat mondial. Lokolama abrite l’une des plus vastes tourbières de la planète, un réservoir de carbone essentiel à la stabilité climatique depuis des millénaires. Pourtant, celles et ceux qui protègent ces forêts peinent encore à faire reconnaître leurs droits fonciers.
« Si ces forêts tombent, c’est l’équilibre mondial qui bascule », rappelle Dr Keita. Elle souligne que ce contraste symbolise une injustice plus large : l’Afrique, qui contribue à la protection des poumons verts de la planète, subit les effets du dérèglement climatique qu’elle n’a pas provoqué.
De la justice, pas de la charité
Des inondations au Kenya aux sécheresses en Afrique de l’Ouest, les populations les plus vulnérables sont en première ligne. Selon Dr Keita, il est temps de passer de la compassion à l’équité. Protéger les forêts et soutenir ceux qui les défendent est indispensable pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Les initiatives locales sont nombreuses : cartographie participative, création d’aires communautaires et actions en justice. Leur message aux bailleurs est clair : « Financez-nous directement, et nous protégerons ce qui fait vivre la planète. »
Une transition énergétique juste
L’Afrique détient 60 % du potentiel solaire mondial, mais ne reçoit que 12 % des financements climatiques, souvent sous forme de prêts. Comment parler de transition juste quand la dette continue de peser sur les économies du continent ?
Du Sénégal au Kenya, des projets innovants en énergie solaire et en mix énergétique montrent qu’un futur propre est possible si la finance mondiale sert les peuples plutôt que les pollueurs. L’Afrique dit non aux projets fossiles incompatibles avec l’objectif de 1,5 °C et aux promesses vides.
Belém, un tournant décisif
La COP30, surnommée la « COP des forêts », doit protéger toutes les forêts tropicales : Amazonie, Bassin du Congo, Nouvelle-Guinée. Les négociateurs africains devront parler d’une seule voix, en exigeant un accès direct aux financements, la protection des forêts et des peuples autochtones, et une transition énergétique juste et durable.
L’Afrique, actrice du futur
« L’Afrique n’est pas un problème à résoudre, c’est une source de solutions », affirme Dr Keita. Le continent regorge d’ingéniosité et de résilience. La justice climatique n’est ni une faveur ni un geste de générosité : c’est la condition même de notre avenir commun.
Aux dirigeants africains maintenant de se montrer à la hauteur.
Boudal NDIATH