L’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA) met en garde contre une escalade préoccupante de l’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques publiques sur le continent. À l’occasion du lancement de l’Indice 2025 de l’ingérence de l’industrie du tabac, couvrant vingt pays africains, l’organisation a révélé une tendance alarmante qui compromet directement la santé, la souveraineté politique et l’avenir des populations. « Nous devons prendre des mesures urgentes pour mettre fin à l’ingérence de l’industrie du tabac en Afrique », a déclaré Mme Kouami Kossiwa, Secrétaire Exécutive par intérim de l’ACTA, en appelant les gouvernements à une mobilisation immédiate.
Le rapport met en lumière plusieurs cas d’ingérence notable. En Zambie, l’adoption de la loi antitabac, attendue depuis des années, est de nouveau repoussée. Dans des pays comme le Nigéria, la Tanzanie ou encore la Zambie, l’industrie multiplie les initiatives de responsabilité sociale des entreprises (RSE) en procédant à la rénovation d’écoles, mettant en place des projets d’eau potable, des infrastructures communautaires, etc. Des actions présentées comme des gestes philanthropiques mais qualifiées par l’ACTA de « stratégies de séduction politique » pour gagner en influence et façonner les politiques publiques à leur avantage. À cela s’ajoute un lobby agressif au Kenya et au Ghana pour assouplir les réglementations sur de nouveaux produits comme les sachets de nicotine et les cigarettes électroniques, souvent présentés sous l’angle trompeur de la « réduction des risques ». Une approche dénoncée par l’ACTA comme une tentative de repositionner l’industrie en « partenaire » de santé publique.
Le Nigéria illustre mieux que jamais cette influence, avec des retards inexplicables dans la mise en œuvre des avertissements sanitaires illustrés révisés, malgré une période transitoire de quatre ans. De même, en Tanzanie et au Mozambique, les lois antitabac stagnent depuis plus d’une décennie, alors même que la production et les exportations de tabac augmentent. Le cas du Malawi soulève une préoccupation supplémentaire : la présence, lors de la COP10, de responsables étroitement liés aux intérêts du tabac, renforçant le risque de conflits d’intérêts.
Malgré ce tableau sombre, l’indice 2025 relève des avancées encourageantes. Le Burkina Faso se distingue par sa transparence et son plaidoyer actif. L’Ouganda, le Gabon et l’Éthiopie ont adopté des législations robustes contre l’ingérence, démontrant une volonté politique forte et une meilleure compréhension de l’Article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS, qui exige une protection rigoureuse des politiques publiques de santé contre l’influence de l’industrie du tabac.
L’ACTA a indiqué être prête à soutenir la création d’une plateforme continentale d’apprentissage entre pairs, afin de partager les meilleures pratiques de mise en œuvre. Selon cette organisation africaine de lutte contre le tabac, les tactiques employées par l’industrie à travers le lobbying, les actions de RSE, la manipulation économique et les pressions politiques ne relèvent en rien de la bienveillance. Elles visent à retarder, diluer ou bloquer toute mesure de contrôle du tabac.
L’ACTA, par la voix de Mme Kossiwa, invite les gouvernements africains à prendre immédiatement des mesures fermes telles que le rejet de toutes initiatives de RSE financées par l’industrie du tabac, l’interdiction de la recherche soutenue ou financée par cette industrie, la mise en place des codes de conduite stricts pour prévenir les conflits d’intérêt, l’exclusion de toute personne liée à l’industrie des processus décisionnels sanitaires entre autres.
L’Alliance s’engage à accompagner les dirigeants de la société civile, des jeunes et des institutions continentales pour une action audacieuse et concertée. « Nous sommes prêts à accompagner les gouvernements pour bâtir une Afrique sans tabac : une Afrique qui place la santé, l’équité et la souveraineté au-dessus du profit industriel », lance Mme Kossiwa en concluant que « L’Afrique ne doit pas devenir le nouvel épicentre de l’épidémie mondiale du tabac, la croissance économique ne doit jamais se construire au détriment de la santé publique. »
Mbagnick DIOUF