Le Réseau africain des médias pour la santé et l’environnement (REMAPSEN) a officiellement lancé la quatrième édition de son Forum annuel des médias consacré aux maladies tropicales négligées (MTN). Organisée en mode virtuel, cette rencontre a réuni pendant près de trois heures plus de cent journalistes, experts en santé publique et partenaires venus des pays membres. Le Forum se poursuivra en présentiel les 30 et 31 janvier 2026 à Cotonou, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les MTN, où les travaux entamés en ligne seront approfondis.
Au cœur des échanges, un appel fort : l’élimination des maladies tropicales négligées exige un engagement médiatique constant. Ces maladies dont l’onchocercose, la lèpre, la dengue, la schistosomiase, la rage, le trachome ou encore la filariose lymphatique touchent principalement les populations pauvres et restent pourtant évitables et traitables.
Les panélistes ont rappelé que la sensibilisation, la lutte contre la stigmatisation et la mobilisation politique constituent des leviers essentiels. « Ce que les journalistes écrivent sur les MTN influence les décisions et les politiques publiques », a souligné Yaye Sophiétou Diop, directrice des partenariats et du développement à Speak Up Africa, invitant les professionnels des médias à renforcer la visibilité de ces maladies dans l’espace public.
Pour le Dr Christian Johnson, spécialiste en santé publique, maintenir les MTN dans les priorités nationales et régionales relève d’une responsabilité journalistique incontournable.
Les organisations de la société civile ont également insisté sur l’importance de cette collaboration. Fatou Ndow, responsable de programme à l’Institut de la Société Civile, a mis en avant la puissance des récits issus des communautés affectées : « Sans les médias, ces témoignages restent confinés dans les villages », a-t-elle regretté.
Quant au Dr Kouamé Jean Konan, représentant résident de l’OMS au Bénin, il a plaidé pour une coopération structurée entre REMAPSEN et les institutions sanitaires : « Vos reportages mettront en lumière l’ampleur des défis auxquels l’Afrique est confrontée ».
De son côté, la cheffe de l’initiative ESPEN de l’OMS, le Dr Maria Rebollo Polo, a alerté sur les effets négatifs de la baisse du financement des donateurs, notamment sur la distribution de médicaments dans les zones rurales. Elle a toutefois salué l’implication croissante des gouvernements africains, qui annoncent de nouveaux appuis et explorent des solutions innovantes.
Prénant part à cette rencontre, l’ancienne ministre sénégalaise de la santé du Sénégal, la professeure Awa Marie Coll-Seck, par ailleurs présidente de Galien Africa, a replacé l’élimination des MTN au cœur de la quête de souveraineté sanitaire du continent. Les intervenants ont unanimement encouragé les journalistes à dépasser les récits centrés sur la compassion pour mettre en avant des histoires de progrès, de résilience et d’innovation portées par les communautés elles-mêmes.
En lançant cette 4ᵉ édition, REMAPSEN réaffirme son ambition : renforcer les compétences des professionnels des médias afin qu’ils puissent façonner une perception plus juste des MTN, influencer les décisions politiques et contribuer à accélérer l’élimination de ces maladies sur le continent. Le rendez-vous de Cotonou, prévu fin janvier 2026, devrait permettre de consolider ces engagements et d’enclencher une dynamique durable pour une Afrique sans maladies tropicales négligées.
Mbagnick DIOUF