Le Bénin a vécu ce dimanche l’un des épisodes les plus graves de son histoire récente. Une tentative de coup d’État militaire, la première depuis 1972, a été lancée dans la nuit par le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Si les autorités assurent avoir repris le contrôle, la journée a été marquée par une série d’affrontements violents, des prises d’otages et une profonde stupeur au sein de la population.
Une opération menée avant l’aube
Selon le récit de Jeune Afrique, l’opération débute vers trois heures du matin par des attaques simultanées contre plusieurs hauts gradés afin de paralyser la chaîne de commandement. Le domicile du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire du président Patrice Talon, est pris pour cible à Abomey-Calavi. Sa famille paye un lourd tribut, son épouse succombant à ses blessures tandis que sa fille est grièvement touchée. Le général échappe de peu aux assaillants.
L’attaque se poursuit au domicile du général Abou Issa, chef d’état-major de l’armée de terre, enlevé par les mutins en même temps qu’un autre officier dont l’identité n’a pas été révélée.
L’assaut contre la résidence présidentielle
Après avoir neutralisé une partie du commandement militaire, le commando du lieutenant-colonel Tigri se dirige vers la résidence présidentielle à Cotonou. Des échanges de tirs nourris éclatent avec la Garde républicaine, qui parvient à repousser l’offensive et à empêcher toute intrusion dans le palais. Mis en difficulté, les mutins battent en retraite.
Prise de la télévision nationale et proclamation militaire
Vers neuf heures trente, les putschistes se replient sur les locaux de la SRTB, la radiotélévision nationale. Sous la contrainte, ils obtiennent la diffusion d’un message annonçant la destitution du président Talon, la suspension de la Constitution et l’instauration d’un « Comité militaire pour la refondation ». Leur discours reprend les thèmes du Sahel voisin, dénonçant la gouvernance et l’insécurité, un parallèle relevé par Jeune Afrique et amplifié par le soutien d’activistes pro-AES comme Kemi Seba.
Une riposte rapide mais délicate
La diffusion du message est de courte durée. Le signal de la télévision est coupé une vingtaine de minutes plus tard, permettant aux forces loyalistes d’encercler le bâtiment. La contre-offensive est dirigée depuis Paris par le chef d’état-major général des armées, le général Fructueux Gbaguidi, en coordination permanente avec Patrice Talon et le ministre des Finances Romuald Wadagni.
À onze heures quarante-cinq, le ministre de l’Intérieur Alassane Seïdou apparaît à l’écran pour rassurer les Béninois et affirmer que la situation est sous contrôle.
Des combats encore en cours dans l’après-midi
Malgré les assurances officielles, des affrontements se poursuivent dans plusieurs zones de Cotonou. Jeune Afrique rapporte des échanges de tirs près de la caserne de la Garde nationale à l’aéroport et dans le nord de la capitale économique, où des armes lourdes ont été entendues alors que les mutins tentaient de prendre la fuite.
Treize personnes ont été arrêtées mais les principaux responsables, dont le lieutenant-colonel Tigri, étaient toujours en fuite en fin de journée avec leurs otages. Le ministre de la Défense, Fortunet Nouatin, assurait qu’un « dénouement rapide » était attendu tandis que des forces spéciales françaises étaient mises en alerte pour protéger les installations diplomatiques.
Le mystère Tigri
La personnalité du chef des mutins continue d’intriguer. Décrit par un ancien supérieur comme un officier calme et réservé, Pascal Tigri pourrait, selon cette même source, avoir été « manipulé ». Une hypothèse qui laisse planer des interrogations sur d’éventuelles ramifications internes ou externes derrière cette tentative de déstabilisation.