« 1300 vies sauvées en une année : la planification familiale démontre son impact au Sénégal. Mais face à la raréfaction des financements extérieurs, la question de la mobilisation des ressources locales devient cruciale. C’est tout l’enjeu du « Rendez-vous du REMAPSEN » organisé à la mairie de Pikine Nord par le REMAPSEN.
Un plaidoyer dans un contexte de raréfaction des financements extérieurs
Prenant la parole, le coordonnateur de REMAPSEN, Alassane Baldé, a souligné l’importance de réfléchir à de nouvelles sources de financement dans un contexte marqué par la diminution de certains appuis extérieurs. « Nous sommes réunis ici pour parler de la planification familiale, notamment de la mobilisation des ressources endogènes. Dans un contexte de raréfaction des ressources extérieures, il est important de réfléchir à la manière d’engager les communautés, les municipalités et l’État pour mobiliser davantage de ressources afin de relever les défis liés à la planification familiale », a-t-il expliqué. Selon lui, la planification familiale ne constitue pas seulement un enjeu économique, mais aussi un enjeu majeur de santé publique. Citant les données de l’ANSD, issues de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) 2023, il a rappelé que plus de 1 300 vies de femmes ont été sauvées grâce à la planification familiale. « Nous journalistes devons contribuer à ce plaidoyer pour renforcer l’engagement des collectivités territoriales et des communautés afin d’améliorer durablement le financement de ces programmes », a-t-il ajouté.
La planification familiale, un levier pour réduire la mortalité maternelle
Parmi les panélistes, Dieynaba Barry Diack, sage-femme d’État et représentante de l’Association Nationale des Sages-Femmes d’État du Sénégal, a présenté les résultats obtenus par le Sénégal ces dernières années grâce aux efforts consentis dans le domaine de la planification familiale. « Depuis 2012, le taux de prévalence contraceptive est passé de 12 % à environ 26,5 % en 2023. Ces progrès ont contribué à réduire considérablement la mortalité maternelle », a-t-elle indiqué. Selon elle, les données de l’EDS 2023 montrent que près de 1 300 décès maternels ont été évités grâce à la planification familiale. L’objectif national est désormais d’atteindre un taux de prévalence contraceptive de 46 % d’ici 2028.
Elle a également mis en lumière les impacts majeurs de la planification familiale : la réduction des grossesses non désirées, donc des risques de mortalité maternelle, l’amélioration de la santé infantile grâce à l’espacement des naissances, la diminution des besoins non satisfaits en planification familiale, passés de 30,1 % à 19 %.
Toutefois, plusieurs défis subsistent, notamment l’accès aux méthodes contraceptives, la sensibilisation des populations et le renforcement des services de santé.
L’exemple de Pikine-Nord dans l’appui à la santé maternelle
Mme Diack a salué l’engagement des autorités locales de Pikine-Nord dans le financement des services de santé maternelle et reproductive. Selon elle, le maire de la commune soutient directement certaines activités sanitaires, permettant aux prestataires de santé d’organiser des offres gratuites de planification familiale chaque mois dans les postes de santé de la commune. « Nous invitons les autres maires à faire la même chose afin d’avoir davantage d’impact dans la promotion de la planification familiale », a-t-elle plaidé.
L’importance de l’appropriation communautaire
De son côté, le sociologue Momar Talla Seck, chargé de plaidoyer à l’AcDev, a insisté sur le rôle déterminant des communautés dans la réussite des stratégies de mobilisation des ressources locales. « Rien ne peut se faire sans une bonne mobilisation communautaire et une appropriation des stratégies par les populations », a-t-il affirmé. Il a également rappelé qu’au Sénégal, les ménages contribuent à hauteur de 46 % aux dépenses de santé, selon les comptes nationaux de la santé. Une situation qui peut peser lourdement sur les familles. Pour lui, il est donc essentiel de développer des stratégies innovantes de financement local afin d’alléger le poids des dépenses de santé sur les ménages et permettre aux familles d’investir davantage dans d’autres secteurs essentiels comme l’éducation ou l’économie domestique.
Un rôle clé pour les médias
À travers cette rencontre, le REMAPSEN entend impliquer davantage les journalistes dans le plaidoyer pour un financement durable de la planification familiale et de la santé reproductive. Les médias sont appelés à jouer un rôle stratégique dans la sensibilisation des populations, la mobilisation des décideurs et la promotion de la redevabilité autour des politiques de santé publique.
En somme, les participants ont unanimement souligné que la mobilisation des ressources endogènes constitue aujourd’hui une voie essentielle pour consolider les acquis et atteindre les objectifs nationaux en matière de planification familiale d’ici 2028.
Mbagnick DIOUF