Dans son édition du 1er avril 2026, The Economist dresse un constat préoccupant de la situation économique du Sénégal. L’hebdomadaire britannique s’interroge sur la stratégie adoptée par le duo au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, face à une crise de la dette désormais assumée. En filigrane, un avertissement : le refus de s’inscrire pleinement dans un programme du Fonds monétaire international pourrait aggraver une situation déjà fragile.
Des chiffres réévalués à la hausse
L’article revient d’abord sur les conclusions d’un audit lancé après l’alternance politique. Celui-ci a révélé un dérapage bien plus important que prévu des finances publiques. Le déficit budgétaire de 2023, initialement annoncé à 4,9 % du PIB, a été corrigé à 12,3 %, tandis que la dette publique a été revue à la hausse, frôlant les 100 % du PIB avant d’être estimée à près de 130 % par le Fonds monétaire international.
Ces révisions ont eu des conséquences immédiates : suspension d’un programme de financement de 1,8 milliard de dollars du FMI et dégradation de la signature du Sénégal sur les marchés internationaux, désormais classée en catégorie spéculative.
Un pays sous tension financière
Selon The Economist, le Sénégal a récemment évité de justesse un défaut de paiement. Le 13 mars, les autorités ont réussi à mobiliser en urgence près de 500 millions de dollars pour honorer des échéances d’eurobonds. Une bouffée d’oxygène temporaire, alors que d’autres remboursements importants sont attendus dans les deux années à venir.
Dans ce contexte, l’économiste Mor Gassama reconnaît que « la situation n’est pas confortable », une formule que le journal interprète comme une manière atténuée de décrire une crise bien plus profonde.
Le pari risqué d’une voie sans le FMI
Malgré ce tableau tendu, les autorités sénégalaises revendiquent une approche alternative. L’audit est présenté comme un acte de transparence, mais le gouvernement a choisi de ne pas s’engager dans une restructuration encadrée par le FMI.
En novembre, Ousmane Sonko a rejeté un plan de l’institution, estimant qu’il portait atteinte à la « dignité » nationale. Une position assumée, fondée sur la volonté d’éviter les politiques d’austérité souvent associées aux programmes du FMI.
À la place, l’exécutif a engagé une série de mesures : augmentation de certains impôts, suspension de projets d’infrastructures, suppression de structures publiques et recours accru aux financements de la banque centrale de l’UEMOA. Parallèlement, le Sénégal mise sur l’exploitation prochaine de ses ressources pétrolières et gazières, ainsi que sur de nouveaux partenariats financiers, notamment avec la Chine et les pays du Golfe.
Des perspectives incertaines
Pour The Economist, plusieurs facteurs fragilisent cette stratégie. Les revenus des hydrocarbures mettront du temps à produire leurs effets, l’élargissement de la base fiscale reste limité par l’importance du secteur informel, et le contexte international demeure instable.
Sur le plan social, les tensions sont déjà perceptibles : mouvements de grève dans l’éducation, manifestations étudiantes et regain des discours migratoires chez une partie de la jeunesse.
Vers un possible tournant ?
Si le pouvoir maintient officiellement sa ligne, l’hebdomadaire britannique n’exclut pas un changement de cap. Bassirou Diomaye Faye pourrait être amené à reconsidérer un accord avec le FMI, au risque d’ouvrir un front politique interne avec Ousmane Sonko.
En conclusion, The Economist estime que « des difficultés se profilent » pour le Sénégal, tant sur le plan économique que social, si aucune inflexion majeure n’intervient dans les mois à venir.