Á la Gare des Baux Maraîchers, les aliments vendus font partie du quotidien de milliers de Sénégalais. Mais derrière cette alimentation accessible et populaire se cache un enjeu de santé publique : celui de l’hygiène et de la sécurité sanitaire. Pour Aminata Diallo, adjointe au maire de Guinaw Rail Sud, la réponse passe par une mobilisation conjointe des collectivités, des services d’hygiène et des communautés.
À la gare des baux maraichers, à toute heure, les odeurs des marmites, des grillades, des sandwichs, de café, kinkéliba se mêlent au bruit des véhicules et à l’agitation des gares et marchés. Dans ces lieux très fréquentés, manger sur le pouce est devenu une habitude pour de nombreux Sénégalais. Mais dans certains espaces, l’environnement dans lequel les aliments sont préparés, exposés ou vendus peut devenir une source de préoccupation sanitaire.
C’est précisément sur cette réalité que veut agir Aminata Diallo. Adjointe au maire de la commune de Guinaw Rail Sud et actrice du développement, elle participait à une caravane de sensibilisation sur la sécurité sanitaire des aliments organisée à la Gare des Baux Maraîchers de Pikine par l’Association des journalistes en santé, population et développement (AJSPD), avec l’appui de la FAO. Pour elle, l’hygiène alimentaire ne doit pas être une préoccupation secondaire. « On ne peut pas vendre des aliments là où il y a de l’insalubrité ». Le constat de l’élue est sans détour : la salubrité de l’environnement constitue une condition essentielle à la sécurité des aliments. « L’hygiène des aliments vendus dans les rues est essentielle », insiste-t-elle, appelant les vendeurs à prendre toutes les dispositions nécessaires pour protéger la santé des consommateurs.
Pour Aminata Diallo, les responsabilités sont partagées. Les commerçants doivent respecter les règles d’hygiène, tandis que les autorités doivent créer les conditions permettant leur application et accompagner les populations par la sensibilisation. « On ne peut pas se permettre de vendre des aliments là où il y a de l’insalubrité », martèle-t-elle. Une manière de rappeler qu’un aliment ne peut être considéré comme sûr uniquement parce qu’il semble propre à l’œil nu. L’environnement de vente, la manipulation, la conservation et les conditions de préparation participent également à sa sécurité sanitaire.
Quand l’insalubrité dépasse les frontières du marché
Pour l’adjointe au maire, les conséquences d’une mauvaise hygiène alimentaire ne s’arrêtent pas au lieu de vente. « Toutes les mesures d’hygiène, si elles ne sont pas prises, ça va retourner vers la population », explique-t-elle.
Un problème sanitaire peut ainsi toucher non seulement le consommateur, mais également son entourage familial et communautaire. La prévention doit donc dépasser les seuls espaces de commerce. C’est pourquoi elle plaide pour une implication plus forte des collectivités territoriales, du ministère de la Santé, des services techniques et des organisations communautaires.
À Guinaw Rail Sud, les « Badiénou Gox » élargissent leur champ d’action
Dans sa commune, Aminata Diallo mise notamment sur les Badiénou Gox et les relais communautaires. Ces actrices de proximité, connues pour leur implication dans la santé infantile, maternelle et reproductive, sont désormais mobilisées sur plusieurs problématiques sanitaires. « Elles sont transversales. Nous menons beaucoup d’activités de sensibilisation », souligne l’élue. La municipalité travaille également avec les imams, les délégués de quartier, les conseils de quartier et les jeunes relais. L’idée est simple : faire de la prévention sanitaire une affaire de proximité, en s’appuyant sur ceux qui connaissent les réalités quotidiennes des quartiers.
Des moyens limités, mais une priorité affichée
Comme beaucoup de collectivités, Guinaw Rail Sud doit composer avec des moyens limités. « Nous n’avons pas suffisamment de moyens, mais le minimum qu’on puisse avoir, nous l’utilisons pour le bien-être des populations », affirme Aminata Diallo. Dans cette commune, la santé figure parmi les priorités affichées, aux côtés notamment de l’éducation et de la défense des droits des femmes et des filles.
Pour l’élue, les contraintes financières ne doivent donc pas conduire à reléguer la prévention au second plan.
Du vendeur au consommateur, chacun a un rôle à jouer
La caravane de sensibilisation de l’AJSPD avec l’appui de la FAO rappelle une évidence : la sécurité sanitaire des aliments est une chaîne. Si un seul maillon cède, c’est toute la chaîne qui peut être fragilisée.
Le vendeur doit respecter les règles d’hygiène. Les autorités doivent contrôler et accompagner. Les collectivités doivent améliorer l’environnement. Les communautés doivent relayer les bonnes pratiques. Et le consommateur doit également être attentif aux conditions dans lesquelles les aliments sont préparés et vendus.
La sécurité alimentaire n’est donc pas seulement l’affaire de celui qui vend ou de celui qui mange. Elle est une responsabilité collective. Et dans cette bataille silencieuse contre les maladies d’origine alimentaire, le premier geste de prévention pourrait bien être le plus simple : garder propre ce que l’on prépare, ce que l’on vend… et ce que l’on mange.
Mbagnick DIOUF