Comment transformer la richesse minière de Kédougou en levier pour la santé publique ? Un forum local initié par Speak Up Africa et de ses partenaires a permis à différents acteurs de plaider pour une mobilisation accrue des ressources locales afin de soutenir durablement la lutte contre la maladie.
La région de Kédougou constitue un foyer majeur du paludisme au Sénégal. Selon les chiffres du Programme National de lutte contre le Paludisme (PNLP en 2025, elle a enregistré environ 25 % des cas nationaux soit 61 482 cas recensés. Bien que la mortalité ait baissé (passant de 14 décès en 2024 à 7 en 2025), la pression de la maladie reste particulièrement forte sur les populations locales et le système de santé.
Le Plan stratégique national pour l’élimination du paludisme (PSNEP 2026-2030) est évalué à 150,4 milliards de FCFA, mais fait face à un déficit critique de 146,2 milliards de FCFA. Dans un contexte de raréfaction des aides internationales, la mobilisation de ressources domestiques est devenue une urgence vitale pour assurer la pérennité des soins.
Les industries extractives comme levier stratégique
Face à cette impasse financière, l’organisation Speak Up Africa, le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) et leurs partenaires ont organisé un forum local pour bâtir des synergies durables entre le secteur extractif, les autorités et les collectivités.
Pour le secteur minier, l’heure est également à la mutualisation des efforts. Responsable des affaires publiques et des partenariats à Endeavour Mining, opérateur de Sabodola Gold Operations Sénégal, Mme Kantome Saleh Ndiaye a salué la tenue du forum, qu’elle considère comme une opportunité de fédérer davantage les initiatives des entreprises minières autour de la lutte contre le paludisme. « L’idée aujourd’hui, c’est qu’on ait une synergie des actions que les entreprises minières vont entreprendre chaque année », a-t-elle expliqué. Selon elle, les sociétés minières consacrent déjà des ressources importantes aux communautés dans le cadre de leurs politiques de responsabilité sociétale. L’enjeu consiste désormais à mieux coordonner ces interventions et à les inscrire dans une dynamique collective afin d’en accroître l’impact sur la santé des populations et de contribuer plus efficacement à l’objectif d’élimination du paludisme.
Face au recul des financements internationaux, le recours aux ressources domestiques apparaît désormais comme une urgence stratégique. Pour le Dr Astou Fall, directrice des programmes de Speak Up Africa, les États africains doivent prendre davantage le relais afin de sécuriser dans la durée les investissements consacrés à la santé. « Il est urgent et même nécessaire que les États en Afrique se positionnent davantage pour pérenniser leurs investissements en mobilisant les ressources domestiques », a-t-elle insisté.
Pour elle, cette mobilisation ne saurait reposer sur les seuls pouvoirs publics. Elle doit fédérer les collectivités territoriales, le secteur privé et les communautés autour de mécanismes de financement plus durables et mieux coordonnés. À Kédougou, où le paludisme continue de peser lourdement sur les populations, elle cite notamment les investissements d’Endeavour Mining dans la lutte antivectorielle comme un exemple de contribution du secteur extractif. L’enjeu, désormais, est de multiplier, coordonner et inscrire ces investissements dans une dynamique collective capable de soutenir durablement l’ambition d’un Kédougou sans paludisme.
Pour sa part, le directeur régional de la santé de Kédougou estime que les priorités de sa région portent notamment sur la disponibilité permanente des moustiquaires imprégnées, la communication pour le changement de comportement, le renforcement des capacités des prestataires de santé et la chimio-prévention du paludisme saisonnier chez les enfants âgés de 3 mois à 10 ans.
La protection des femmes enceintes et le renforcement de la prise en charge communautaire figurent également parmi les interventions prioritaires. « Nous sommes dans une région où le maillage territorial n’est pas à 100 %. Les populations vivent loin des structures de santé », a-t-il relevé, soulignant l’importance des dispositifs communautaires pour détecter et prendre en charge précocement les cas de paludisme. Il a également insisté sur le rôle des dispositifs de prise en charge à domicile des cas de paludisme (PECADOM), des dispensateurs de soins à domicile (DSDOM) et des cases de santé, particulièrement dans les localités éloignées des structures sanitaires.
Afin de garantir l’efficacité des fonds mobilisés, le forum préconise la mise en place d’un outil de suivi des investissements miniers dans la santé et explore leur intégration dans les rapports de transparence de l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives). L’enjeu ultime est de transformer ces concertations en actions financières concrètes pour atteindre l’objectif national d’élimination de la maladie d’ici 2030.
Mbagnick Diouf