Le directeur général de la Société nationale de gestion intégrée des déchets (SONAGED), Babacar Abba Mbaye, dénonce les dysfonctionnements dans la gestion de la filière de récupération du plastique à la décharge de Mbeubeuss. Il pointe notamment la faible implication de la société publique dans une activité économique qui génère des revenus à partir des déchets collectés sur le site.
Dans un entretien accordé au quotidien L’Observateur, le responsable qualifie la situation de « véritable déni de responsabilité » et juge « inadmissible » le fonctionnement actuel du secteur.
Le système qu’il décrit repose sur la collecte du plastique par les récupérateurs, qui le vendent à une entreprise étrangère. Celle-ci fixe le prix d’achat, transforme ensuite la matière en granulés avant de l’exporter. Une organisation qui, selon le directeur général, laisse la SONAGED en marge des opérations commerciales, alors que la société est appelée à jouer un rôle d’intermédiaire dans cette filière.
Face à ce constat, Babacar Abba Mbaye entend repositionner la SONAGED dans la chaîne de valeur. Il préconise que l’entreprise publique joue pleinement son rôle d’intermédiaire économique, notamment en achetant les matières récupérées et en fixant leur prix de revente. L’ambition affichée est de faire de Mbeubeuss un maillon entre la récupération des déchets et leur industrialisation, avant d’étendre cette approche aux 120 décharges du pays.
Un enjeu économique et social majeur
Cette volonté de réorganisation intervient dans un contexte marqué par la réhabilitation de la décharge de Mbeubeuss, située dans le département de Keur Massar. Le site accueille environ 3 000 récupérateurs, dont les revenus dépendent de la collecte et de la vente des matières recyclables.
Le Projet de promotion de la gestion intégrée et de l’économie des déchets solides (PROMOGED), chargé du projet de réhabilitation, a prévu des mesures d’accompagnement pour favoriser l’insertion des récupérateurs dans de nouvelles filières de gestion des déchets ou leur reconversion professionnelle.
Au-delà des enjeux environnementaux liés à la transformation du site, la structuration du marché du plastique pose ainsi la question de la répartition des revenus issus de la valorisation des déchets. La place des récupérateurs, le rôle des entreprises de transformation et l’implication de la SONAGED constituent autant de dimensions de cette problématique.
La volonté affichée par Babacar Abba Mbaye de renforcer la présence de la société publique dans cette chaîne économique ouvre ainsi le débat sur l’organisation du secteur et sur les modalités d’une valorisation plus structurée des déchets plastiques au Sénégal.
Boudal NDIATH