La Cedeao a approuvé dimanche la création d’un tribunal spécial chargé de juger les crimes commis en Gambie entre 1994 et 2017 sous l’ex-dictateur Yahya Jammeh, réfugié en Guinée équatoriale depuis sa chute, lors d’un sommet de l’organisation régionale ouest-africaine à Abuja, a annoncé le gouvernement gambien.
« Les chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao, réunis le 15 décembre à Abuja, ont pris une importante décision d’établir un tribunal spécial pour la Gambie », indique le ministère gambien de la Justice dans un communiqué dimanche.
Président de la Gambie de 1994 à 2017, Yahya Jammeh est accusé d’avoir commis de nombreux crimes (meurtres, tortures, viols, détentions arbitraires), aux côtés de hauts fonctionnaires et des junglers, ses mercenaires lorsqu’il était au pouvoir. Mais, accueilli en Guinée équatoriale, où il réside depuis sa défaite à l’élection présidentielle de décembre 2016, et protégé par le président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, l’autocrate ne semble pas près d’être jugé.
La société civile tente de mobiliser l’exécutif pour qu’il se rapproche de la Cedeao et de l’UA afin de faciliter l’extradition de Yahya Jammeh. Le gouvernement gambien s’est officiellement engagé, en mai 2022, à mettre en œuvre les recommandations de la Commission vérité, qui a établi les responsabilités des dignitaires du régime de Yahya Jammeh. La société civile, les associations de victimes et le Barreau gambien s’inquiètent néanmoins du manque de transparence du gouvernement sur le plan qu’il compte adopter pour faire juger les responsables de crimes. Lorsqu’il avait renversé Sir Dawda Jawara, le père de l’indépendance de la Gambie, le 22 juillet 1994, le jeune militaire de 29 ans qu’était alors Yahya Jammeh avait justifié sont coup d’État par la volonté d’en finir avec la corruption et la gabegie galopante de son pays.
Boudal NDIATH