Dans un contexte sécuritaire toujours tendu, les médias burkinabè ont franchi un cap décisif en s’engageant, à travers la signature d’un pacte patriotique pour une communication de guerre, à soutenir activement l’effort national de lutte contre le terrorisme. Cette initiative, conduite par le Conseil Supérieur de la Communication (CSC), marque un tournant important dans le rôle que souhaite désormais jouer la presse dans la reconquête du territoire national.
Réunis à Ouagadougou, les responsables de médias, journalistes, associations professionnelles et autorités de régulation ont officialisé cet engagement collectif qui vise à promouvoir les actions des forces combattantes, renforcer le patriotisme et participer à la cohésion nationale.
« Ce pacte est l’expression d’un engagement citoyen profond, au service de la Nation », a déclaré Abdoulaye Ouédraogo, président du CSC, lors de la cérémonie de signature. « Il s’agit d’un acte de responsabilité collective face aux défis existentiels que traverse notre pays. »
Une presse au service de la Nation
Le document signé engage les médias à adopter une ligne éditoriale davantage orientée vers la promotion des efforts militaires et de sécurité, tout en luttant contre les discours de haine, la désinformation et le découragement. Il appelle à une couverture équilibrée, respectueuse des enjeux de guerre et des impératifs de confidentialité opérationnelle.
Les journalistes sont également appelés à sensibiliser les populations au civisme, à la résilience communautaire et au patriotisme, notamment dans les zones les plus affectées par les attaques terroristes.
Un dialogue attendu avec l’État
Le pacte ne se limite pas à un engagement des médias : il formule également des attentes claires envers les autorités publiques. Les signataires réclament :
- La reconnaissance officielle du rôle stratégique des médias dans la gestion de la crise sécuritaire ;
- L’application effective du droit d’accès à l’information, souvent restreint dans les zones sous tension ;
- L’instauration d’un dialogue permanent entre les autorités et les professionnels de l’information, pour permettre une meilleure coordination et éviter les malentendus.
Un mécanisme de suivi prévu
Pour garantir l’application effective de ce pacte, le Conseil Supérieur de la Communication et l’Observatoire burkinabè des médias seront chargés de mettre en place un mécanisme de suivi, d’évaluation et de régulation, afin de veiller à l’équilibre entre engagement patriotique et respect de l’éthique journalistique.
Une suite logique à l’atelier du 3 mai
La signature du pacte fait suite à un atelier national organisé le 3 mai dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, qui a permis d’initier les réflexions autour du rôle des médias dans le contexte de guerre.
« Loin d’être une remise en cause de la liberté de la presse, ce pacte est au contraire une manière de réaffirmer notre ancrage national et notre contribution à la paix », a indiqué Salimata Zongo, représentante d’un collectif de journalistes engagés pour la paix.
Un exemple pour la sous-région ?
Alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest sont confrontés à des défis similaires, l’initiative du Burkina Faso pourrait faire école. Elle soulève néanmoins des interrogations légitimes sur l’équilibre entre devoir patriotique, liberté de la presse et indépendance éditoriale.
Pour ses défenseurs, ce pacte patriotique marque surtout le début d’un journalisme de responsabilité, ancré dans la réalité nationale et en phase avec les besoins de la population.
Boudal NDIATH