La Haute Autorité de la Communication (HAC) du Mali a frappé fort. Elle a ordonné le retrait immédiat de la chaîne TV5 Monde de tous les bouquets audiovisuels disponibles sur le territoire national. La décision, à effet immédiat, a été communiquée à l’ensemble des distributeurs de services audiovisuels du pays. Elle est motivée, selon la HAC, par des violations graves des textes encadrant les médias au Mali.
L’élément déclencheur est survenu le 3 mai 2025, lors de la diffusion d’une édition du Journal Afrique, animée par le journaliste Salah Eddine Gakou. Ce journal revenait sur une manifestation organisée à Bamako en réaction à un projet de loi controversé visant à abroger la Charte des partis politiques, un texte fondamental du paysage politique malien.
Un traitement jugé « partiel, déséquilibré et diffamatoire »
Selon la HAC, le reportage diffusé par TV5 Monde n’a pas respecté les règles fondamentales du pluralisme et de l’équilibre journalistique. L’émission aurait exclusivement donné la parole à des opposants politiques, sans inclure de réaction ou de point de vue des autorités gouvernementales. Elle évoquait également un important déploiement sécuritaire pour empêcher l’accès des manifestants au Palais de la Culture, ce qui a, selon la HAC, été présenté de manière tendancieuse.
Pire encore, certains propos tenus durant le journal ont été considérés comme diffamatoires envers les Forces de défense et de sécurité du Mali, mettant en cause leur intégrité dans un contexte de transition politique délicate et de lutte contre l’insécurité.
Dans un communiqué officiel, la HAC a insisté sur le fait que « la liberté de la presse ne doit en aucun cas être confondue avec la désinformation, ni avec la partialité manifeste sur des sujets sensibles », tout en rappelant que les médias étrangers doivent également respecter les règles de régulation nationales.
Une sanction lourde mais pas inédite
La relation entre les autorités maliennes et TV5 Monde est marquée par une succession d’incidents et de sanctions. Déjà en mai 2023, la chaîne avait reçu un avertissement officiel pour des manquements similaires. En septembre 2024, elle avait été suspendue pour une période de trois mois, après un reportage critiqué sur la situation sécuritaire dans le centre du pays.
Cette nouvelle suspension, à durée indéterminée, traduit un durcissement de la position des autorités maliennes à l’égard de la chaîne francophone. Pour beaucoup d’observateurs, elle illustre également une volonté affirmée de contrôler davantage l’espace médiatique national, dans un contexte où la souveraineté communicationnelle devient une priorité pour les régimes en transition de la région.
Vers un bras de fer diplomatique et médiatique ?
Cette mesure radicale pourrait avoir des répercussions diplomatiques avec la France et d’autres partenaires internationaux, TV5 Monde étant un média public soutenu par plusieurs États francophones. Elle relance aussi un débat de fond sur la place des médias internationaux en Afrique de l’Ouest, particulièrement dans les pays en transition politique, où les autorités reprochent parfois à ces chaînes de manquer de neutralité ou de véhiculer des narratifs contraires aux intérêts nationaux.
Quelles perspectives pour TV5 Monde ?
Pour espérer un rétablissement de sa diffusion au Mali, TV5 Monde devra, selon plusieurs analystes, ouvrir un dialogue franc avec les autorités maliennes, et probablement présenter des garanties concrètes sur le respect des règles déontologiques, de l’équilibre de l’information et de la souveraineté nationale.
En attendant, cette suspension ajoute un nouveau chapitre aux relations de plus en plus complexes entre les États sahéliens et les médias internationaux, dans un environnement régional marqué par des tensions, des transitions politiques et une reconfiguration des alliances géostratégiques.
Boudal NDIATH