Nuages de gaz lacrymogènes, barricades de fortune, visages déterminés et blessés : l’exposition « Première ligne », présentée au Musée des Civilisations noires, replonge les visiteurs dans les violentes manifestations qui ont secoué le Sénégal entre 2021 et 2024, jusqu’à la chute de Macky Sall et l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye.
À travers l’objectif incisif d’Abdou Karim Ndoye, photographe de terrain devenu conseiller à la présidence et photographe officiel de Diomaye Faye, l’exposition livre une chronique visuelle poignante de ces années de tumulte. Des scènes de rue aux moments intimes de résistance, chaque cliché capte l’essence d’un combat populaire.
« Ça me rappelle des moments très très difficiles que nous avons vécus ici au Sénégal. Plus jamais ça… » témoigne Fodé Mané, professeur, les larmes aux yeux.
L’œil du témoin, le poids de la mémoire
L’exposition ne se limite pas à l’esthétique. Elle se veut mémorielle, politique et pédagogique. Elle documente minutieusement les blessures physiques et morales des manifestants, ainsi que les stratégies de défense improvisées par une jeunesse déterminée à faire entendre sa voix. L’une des images les plus marquantes montre de jeunes militants assis sur des sacs de sable, formant une barricade à Ziguinchor en mai 2023 pour protéger le domicile d’Ousmane Sonko.
« Cette photo me parle bien parce qu’elle traduit parfaitement la première ligne. Les postures, les cagoules… C’était du jamais vu dans l’histoire politique du Sénégal », confie Abdou Karim Ndoye à RFI.
Pour Éloïse, jeune femme sénégalaise venue de France, l’exposition a eu un effet révélateur :
« Je connaissais juste le nouveau président, mais je ne savais pas tout ce qui s’était passé avant. »
De la rue à la présidence
Au-delà des scènes de répression, l’exposition retrace également le parcours politique d’Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, jusqu’à leur victoire électorale en avril 2024. Un récit en images de l’alternance politique, de la rue à la présidence, qui attire de nombreux sympathisants venus célébrer leur engagement.
« Ça nous a fait plaisir de voir comment les jeunes se sont battus pour le président Diomaye et Sonko. C’était vraiment intéressant », partage Mamie, à la sortie.
Un mur du souvenir, encore vierge, est prévu pour inscrire les noms des victimes des répressions. Un acte fort, porteur d’une volonté de reconnaissance et de réconciliation nationale.
Une exposition politique et symbolique
Visible jusqu’au 31 octobre 2025, « Première ligne » constitue une plongée inédite dans une période charnière de l’histoire sénégalaise. Elle met en lumière la puissance des mobilisations citoyennes, tout en posant la question cruciale de la mémoire collective dans un pays en quête de renouveau.
À travers ces images, le Sénégal regarde en face la douleur de son passé récent pour mieux comprendre le présent et préparer l’avenir.
Boudal NDIATH