Malgré un cautionnement record estimé à plus de 394 milliards F CFA, Tahirou Sarr, directeur de la société Sofico, reste en détention. La Chambre d’accusation financière du pool judiciaire financier, dans ses arrêts n°20 et 21 rendus le 2 mai 2025, a reconnu que l’ordonnance de cautionnement a été pleinement exécutée. Toutefois, elle n’a pas ouvert la voie à une liberté provisoire.
Le chef d’entreprise a déposé un chèque de 11 milliards F CFA à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et a inscrit en garantie plusieurs de ses biens fonciers situés à Dakar et Mbane, dans le livre foncier de Saint-Louis. Des actes qui, en théorie, satisfont aux exigences de l’article 140 du Code pénal, d’autant plus que le montant consigné couvre largement le « manquant » initial évalué à 91 milliards F CFA.
Des soupçons qui pèsent lourd
Pourtant, les motifs du maintien en détention demeurent inchangés : risque de pressions sur les témoins, notamment des agents du Trésor, risques de concertation frauduleuse avec des complices présumés, y compris des responsables bancaires, mais aussi risque de trouble à l’ordre public. La Chambre d’accusation estime que ces éléments justifient le refus d’une liberté provisoire, malgré la somme astronomique consignée.
Concernant les contestions sur l’évaluation des biens, la justice rappelle que l’Agent judiciaire de l’État n’a pas produit d’éléments suffisamment précis pour remettre en cause le rapport d’évaluation. La Chambre ajoute que l’irrégularité alléguée sur l’absence de communication préalable de l’offre de cautionnement au ministère public est devenue inopérante, puisque ni le parquet ni l’Agent judiciaire de l’État n’ont attaqué l’ordonnance dans les délais légaux.
Une stratégie judiciaire controversée
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de reddition des comptes, où plusieurs personnalités mises en cause ont évité la détention grâce à des consignations importantes. Le dernier en date, Racine Sy, a versé 797 millions F CFA pour éviter un mandat de dépôt. Cette stratégie de « justice financière » semble validée par le Parquet judiciaire de Dakar et le Parquet général, dans le cadre d’une approche cohérente de la lutte contre les malversations publiques.
Mais dans le cas de Tahirou Sarr, le poids des accusations et les craintes d’entrave à la justice paraissent l’emporter sur les garanties financières, aussi massives soient-elles. Le chef d’entreprise devra donc attendre en détention le déroulement de la suite de la procédure judiciaire, alors même qu’il clame son innocence.
Boudal NDIATH