Il aura suffi de quelques heures de fortes pluies pour replonger plusieurs quartiers de Dakar et de sa banlieue dans les difficultés liées aux inondations. De Keur Massar aux Parcelles Assainies, en passant par Grand-Yoff et Yoff, les eaux ont envahi des rues, perturbé la circulation et, par endroits, pénétré dans des habitations et des infrastructures publiques.
Les fortes précipitations enregistrées dimanche 4 octobre ont particulièrement mis à rude épreuve les dispositifs d’évacuation des eaux pluviales. Selon les données communiquées par l’ANACIM, 72 mm de pluie ont été enregistrés à Mbao et 66 mm à Dakar-Yoff. Ces cumuls ont suffi à provoquer d’importantes accumulations d’eau dans plusieurs points de la région.
Keur Massar, une vulnérabilité persistante
À Keur Massar, l’épisode pluvieux a une nouvelle fois rappelé la fragilité de plusieurs quartiers face aux fortes précipitations. Des rues et des habitations ont été touchées, alors que le département fait depuis plusieurs années partie des zones les plus exposées aux inondations dans la région de Dakar.
Malgré les travaux engagés pour améliorer le drainage et la gestion des eaux pluviales, certaines poches de vulnérabilité demeurent. Des ouvrages sont encore en cours de réalisation ou nécessitent une meilleure capacité d’évacuation face à des épisodes pluvieux importants.
Aux Parcelles Assainies, l’inondation tourne au drame
La situation a été particulièrement dramatique aux Parcelles Assainies, à l’Unité 7, où deux personnes ont perdu la vie lors des fortes pluies. Le ministère de l’Intérieur a confirmé l’existence de pertes en vies humaines et de blessés à la suite de cet épisode pluvieux. Selon les informations communiquées par l’APS, une jeune femme et son fils ont été victimes d’un accident lié à la montée des eaux et à l’affaissement d’un mur de leur concession.
Ce drame rappelle que les inondations ne constituent pas uniquement un problème de circulation ou de confort. Lorsque les eaux montent rapidement, elles deviennent un véritable risque pour les populations, particulièrement dans les zones où les habitations côtoient des points bas et des réseaux d’évacuation saturés.
Grand-Yoff et Yoff également fortement touchés
À Grand-Yoff, plusieurs secteurs ont été affectés par les accumulations d’eau. Des difficultés de circulation ont été signalées dans différents axes de la capitale et de sa banlieue.
À Yoff, le phénomène a également eu des conséquences importantes. Le pont de Yoff a été submergé, compliquant la circulation dans le secteur. Le centre de santé Philippe Maguilène Senghor a, lui aussi, été envahi par les eaux, touchant notamment l’accueil et certains espaces de l’établissement.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que le centre de santé avait déjà été confronté à des problèmes similaires lors d’un précédent épisode pluvieux. La répétition de ces incidents pose donc la question de la protection durable des infrastructures essentielles.
Une ville confrontée aux limites de son urbanisation
Au-delà de l’intensité des précipitations, les inondations récurrentes posent une question plus profonde : Dakar est-elle suffisamment préparée à absorber les eaux de pluie ?
L’urbanisation rapide de la région capitale a profondément transformé les espaces disponibles pour l’écoulement naturel des eaux. L’extension des quartiers, la multiplication des constructions et l’imperméabilisation progressive des sols réduisent les possibilités d’infiltration de l’eau.
À cela s’ajoutent les difficultés liées au drainage, à l’entretien des réseaux et à la gestion des points bas. Dans certains secteurs de Yoff, Grand-Yoff et des Parcelles Assainies, des regards d’assainissement ouverts ou dépourvus de couvercles constituent également des risques supplémentaires pour les populations et peuvent favoriser l’accumulation de déchets dans les ouvrages.
Des milliards investis, mais une question demeure
La lutte contre les inondations est pourtant devenue une priorité des politiques publiques. En juillet dernier, le gouvernement avait annoncé plusieurs mesures pour accélérer les travaux d’assainissement des eaux pluviales, le curage des réseaux de drainage et l’entretien des bassins.
Mais chaque nouvel épisode pluvieux remet le même problème sur la table : comment transformer les investissements et les ouvrages réalisés en une véritable protection durable des populations ?
La réponse ne peut probablement pas reposer uniquement sur le pompage d’urgence après chaque pluie. Elle suppose également une politique cohérente d’aménagement du territoire, une meilleure anticipation des zones à risque, l’entretien régulier des réseaux, la préservation des zones naturelles d’écoulement et un contrôle plus rigoureux de l’urbanisation.
Dakar face à un défi structurel
Les pluies du 4 octobre offrent ainsi une nouvelle illustration d’un phénomène devenu récurrent. D’un quartier à l’autre, le même scénario se répète : une forte pluie, des rues rapidement submergées, des axes impraticables, des maisons exposées et des populations qui attendent l’intervention des équipes de pompage.
Les services de l’État et les structures opérationnelles, notamment la Direction de la Prévention et de la Gestion des Inondations (DPGI), l’ONAS et les sapeurs-pompiers, sont mobilisés pour évacuer les eaux et rétablir progressivement la circulation.
Mais derrière l’urgence se pose une question de fond : combien de temps Dakar pourra-t-elle continuer à répondre aux inondations principalement après leur apparition ?
Boudal NDIATH