Classée première université d’Afrique noire francophone selon le classement UniRank 2023, l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar doit en partie ce prestige à une institution centrale mais souvent méconnue : sa Bibliothèque universitaire (BU). Âgée de près de 60 ans, forte d’une collection estimée à 500 000 documents, la BU est bien plus qu’un lieu de consultation — elle est, selon une belle métaphore, le cœur battant du temple du savoir.
Un organe vital dans le corps universitaire
À l’image d’un cœur qui irrigue le corps humain, la BU diffuse la connaissance vers les facultés, écoles et instituts de l’UCAD. C’est là que se croisent les flux du savoir : étudiants, enseignants et chercheurs y viennent puiser des ressources pour nourrir leurs travaux, qui à leur tour viennent enrichir la collection. Un cycle vertueux de production et de circulation des connaissances.
Chaque jour, plus de 6 000 visiteurs franchissent les portes de cette institution, qui enregistre plus de 1,3 million de visites annuelles, encadrées par 77 agents. Avec ses 1 729 places assises, ses salles de lecture, de conférences, cyberespaces et box individuels, elle reste néanmoins sous-dimensionnée face à l’explosion démographique universitaire : de 25 000 étudiants en 1999, l’UCAD est passée à près de 90 000 étudiants en 2023, sans que les capacités physiques de la BU n’évoluent de façon significative.

Une modernisation par le numérique… encore incomplète
Pour pallier ce déséquilibre, l’UCAD a entamé un virage numérique. Sa bibliothèque numérique offre un accès libre à de nombreuses thèses, mémoires, articles scientifiques et publications institutionnelles. Des abonnements à des plateformes internationales comme Cairn ou Scholar Vox permettent aux étudiants de consulter des revues spécialisées en ligne.

Cependant, la majorité des livres papier de la BU ne sont pas encore numérisés, notamment pour des raisons de droits d’auteur. Cela oblige encore les usagers à emprunter physiquement les ouvrages, parfois en nombre limité.
Un patrimoine documentaire précieux et rare
Parmi les 500 000 documents disponibles, figurent aussi des pièces rares : 1 050 documents anciens, incluant des manuscrits, cartes anciennes, ouvrages épuisés et documents remontant parfois au XVIe siècle. Ce patrimoine fait de la BU un espace de mémoire autant que de savoir.
Des moyens financiers notables, mais une demande toujours croissante
Selon le rapport d’activités 2016-2018, le budget annuel de la BU avoisinait 255 millions de FCFA en 2018, avec 45 millions de recettes issues principalement des inscriptions, des amendes et de la location de services. Ces moyens permettent d’assurer le fonctionnement de l’institution, mais restent modestes face aux défis posés par la massification de l’enseignement supérieur et la transformation numérique.
Une institution stratégique, à préserver et à renforcer
Dans un contexte où la Journée mondiale des Archives est célébrée alors que l’on commémore aussi le 1er anniversaire de la destruction d’archives à l’UCAD, la BU s’impose comme un pilier de résistance intellectuelle et une source stratégique de savoir. Le professeur Bernard Dionne de l’EBAD plaide d’ailleurs pour la création d’une véritable bibliothèque nationale, à même de préserver et valoriser ce patrimoine documentaire.
Plus qu’un bâtiment, la BU est un symbole vivant de la mémoire universitaire et de l’ambition intellectuelle sénégalaise. Sa santé, comme celle du cœur dans un corps humain, est vitale au rayonnement de l’UCAD.
Boudal NDIATH