À l’occasion de la Journée de l’Afrique, célébrant la création de l’Organisation de l’Unité Africaine le 25 mai 1963, plusieurs acteurs politiques, représentants de la jeunesse et organisations panafricaines se sont réunis à Dakar pour une rencontre de haut niveau. Le thème choisi cette année, « Justice réparatrice pour les Africains : reconquérir la dignité et renforcer la redevabilité », a donné lieu à des échanges intenses, lucides et mobilisateurs.
Une justice au-delà des réparations financières
Ouvrant les débats, Désiré Assogbavi, conseiller Afrique à la Fondation Open Society, a rappelé les traumatismes majeurs subis par le continent : esclavage, colonisation, apartheid. Pour lui, la justice réparatrice ne peut se limiter à des compensations financières. Elle doit aussi inclure la restitution des biens culturels, la reconnaissance des torts historiques et la refondation d’une gouvernance mondiale plus juste. Il a alerté sur les défis contemporains : mauvaise gouvernance, régression démocratique, flux financiers illicites et crises migratoires, autant de freins aux ambitions de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Un autre intervenant a fustigé l’injustice structurelle du système mondial, soulignant que malgré ses vastes richesses naturelles (or, cobalt, cacao…), l’Afrique reste prisonnière de la pauvreté et de la corruption. Il a rappelé que 89 milliards de dollars fuient chaque année le continent à travers les flux financiers illicites. Un paradoxe insupportable quand 34 pays africains figurent encore parmi les moins avancés au monde, a-t-il déploré.
Les jeunes veulent être acteurs, pas spectateurs
La jeunesse a également pris la parole à travers Mohamed Kamara, représentant du Conseil national de la jeunesse du Sénégal. Il a insisté sur une justice réparatrice fondée sur la vérité historique et un dialogue politique inclusif. Pour lui, il est temps que les jeunes cessent d’être des figurants dans les processus politiques. Il a dénoncé les textes discriminatoires empêchant les moins de 25 ans d’accéder à certaines fonctions électives, et appelé à un renouveau démocratique impliquant toutes les générations.
Reconstruire l’Afrique par la mémoire et la culture
Pour Yassine Niasse, de l’organisation ONE – Open Society Foundations, la justice réparatrice doit être « frontale, décomplexée et intransigeante ». Elle exige des actes : restitution des richesses spoliées, réformes des règles commerciales internationales, et souveraineté réelle sur les ressources africaines. Elle a plaidé pour une reconstruction identitaire et culturelle, avec la réintroduction des langues africaines, des sciences autochtones et d’une fierté africaine consciente.
Un appel à la responsabilité collective
Clôturant la journée, Ousseynou Ly, ministre-conseiller à la présidence de la République du Sénégal, a tenu un discours empreint de réalisme et de responsabilité. « Nous ne pouvons pas exiger des réparations au monde tout en perpétuant nous-mêmes des injustices », a-t-il lancé, appelant à une introspection nationale. Il a cité l’exemple du massacre de Thiaroye comme point de départ d’une réconciliation historique nécessaire. Il a aussi exhorté la jeunesse et la société civile à transformer cette journée commémorative en moteur d’action, réitérant l’engagement du Sénégal pour une Afrique digne, libre et responsable.
Une Afrique qui ne veut plus seulement se souvenir
De l’avis des participants, la Journée de l’Afrique 2025 a été un moment fort d’introspection collective et de projection stratégique. Le message est clair : l’Afrique ne veut plus seulement se souvenir, elle veut désormais agir, réparer et se relever avec dignité. La justice réparatrice devient ainsi un levier de transformation sociale, politique et économique pour un continent longtemps meurtri, mais désormais tourné vers un avenir souverain et assumé.