Alors que le débat sur la criminalisation de l’homosexualité refait surface au Sénégal, l’imam Ahmadou Kanté est monté au créneau. Invité de l’émission « Actu ak Diné », le religieux a exprimé sa vive déception face à ce qu’il considère comme un manquement grave aux engagements pris par le régime de Bassirou Diomaye Faye.
« Le régime n’a pas encore tenu sa promesse concernant la criminalisation de l’homosexualité », a-t-il déclaré d’emblée, rappelant que cet engagement avait été largement mis en avant durant la campagne électorale.
À l’époque, le duo Diomaye-Sonko et le parti Pastef avaient su canaliser l’indignation d’une frange importante de la population, en particulier religieuse, face à ce qui était perçu comme une menace aux valeurs culturelles et spirituelles sénégalaises.
Un discours de campagne remis en question
Face aux ambiguïtés du discours actuel du pouvoir, Imam Kanté s’est montré très critique envers certaines figures publiques. Il a notamment pointé Dame Mbodji, acteur syndical et voix influente de la société civile, l’accusant de chercher à déresponsabiliser le président Diomaye Faye.
« Une personne comme Dame Mbodji peut venir nous faire croire que c’est Ousmane Sonko qui avait fait la promesse et non Diomaye », a-t-il dénoncé, évoquant des « éléments de langage » utilisés pour brouiller les cartes.
Selon lui, aucune confusion n’est possible : « Le Pastef est aujourd’hui majoritaire à l’Assemblée nationale, il dispose donc des moyens pour porter et faire voter une loi sur cette question. »
Un collectif religieux en retrait ?
Cette sortie intervient dans un contexte où le collectif And Samm Jikko Yi, fer de lance de la lutte contre l’homosexualité sous Macky Sall, semble s’être effacé depuis l’alternance politique. Imam Kanté rappelle pourtant que ce groupe religieux a été un soutien crucial de l’opposition d’alors, notamment dans la formulation politique du projet de loi sur la criminalisation.
« Avec le recul noté lors de la dernière marche contre l’homosexualité, cela montre qu’ils ont failli quelque part », a-t-il regretté.
Il déplore également l’attitude de Dame Mbodji, ancien défenseur acharné de la criminalisation sous Macky Sall, mais aujourd’hui plus conciliant avec l’actuel pouvoir. Pour Imam Kanté, ce changement de posture est difficilement compréhensible.
Un silence qui intrigue
Imam Kanté soulève une question cruciale : qu’est-ce qui freine aujourd’hui le dépôt d’un texte de loi ? Il n’exclut pas l’hypothèse d’un calcul électoral, certaines promesses ayant pu être faites sans réelle volonté de les concrétiser une fois le pouvoir acquis.
Ce flou alimente les inquiétudes, d’autant que ni le ministère de la Justice, ni le président du groupe parlementaire du Pastef n’ont, à ce jour, pris publiquement position sur le sujet. Et alors que le régime affiche son volontarisme sur d’autres fronts, comme la reddition des comptes, le silence demeure total sur la question de la criminalisation de l’homosexualité.
Boudal NDIATH