À l’occasion de votre tournée économique dans la Vallée du Fleuve Sénégal, il est essentiel de rappeler que le département de Podor concentre à lui seul 140 000 ha de terres aménageables, soit 58% du potentiel irrigable de la Vallée. Pourtant, moins de 20% (soit 27 000 ha) de ce capital stratégique sont aménagés à ce jour, et les surfaces concernées sont moyennement exploitées en raison de la vétusté des infrastructures existantes. Ce différentiel entre potentiel et mise en valeur constitue un frein structurel à l’ambition nationale de souveraineté alimentaire.
Plusieurs constats méritent une attention stratégique particulière :
- Des pertes post-récoltes de plus de 5,6 milliards FCFA/an selon une étude récente de IPAR Think tank, dues notamment à un déficit d’infrastructures de stockage fonctionnelles et de solutions de conservation adaptées.
- Un accès difficile aux marchés, aggravé par l’insuffisance de pistes de désenclavement, de logistique
commerciale et de débouchés contractualisés. - Des infrastructures de stockage inopérantes : sur 98 magasins identifiés dans le département, moins de 30% sont utilisés. Certains ont même été détournés de leur vocation agricole (transformés en salles de classe ou enieux de stockage de produits non agricoles).
- Une offre de financement encore peu adaptée aux contraintes des exploitations familiales et aux profils des jeunes entrepreneurs.
- Une transformation encore artisanale et sous-équipée, malgré la vitalité des femmes transformatrices. L’Union
des femmes transformatrices du département de Podor a été mise en place depuis 2023, traduisant une dynamique organisationnelle prometteuse, mais peine à jouer pleinement son rôle faute d’un accompagnement technique, logistique et financier.
Pour autant, des dynamiques porteuses sont à l’œuvre : - Le développement du maraîchage de contre-saison porté par des groupements de jeunes et de femmes.
- Des jeunes ont été formés à l’entrepreneuriat agricole (ex. : Projet JEV), mais rencontrent encore de nombreux obstacles pour accéder au foncier, au financement et aux équipements nécessaires à leur insertion économique.
- La structuration progressive d’un Dialogue Public-Privé (DPP) sur le stockage et la conservation avec pour ambition de catalyser des investissements concrets pour la réalisation de projets locaux de stockage, transformation et commercialisation. Les sous-comités filières sont déjà mis en place et plusieurs intentions de financement ont d’ores et déjà été exprimées.
- La mobilisation croissante des collectivités territoriales dans les stratégies de développement agricole.
Podor est bien plus qu’une zone de production : c’est un territoire stratégique, à fort effet de levier pour la relance économique rurale et la transformation du secteur agricole sénégalais.
Excellence Monsieur le Président de la République, l’opportunité est là d’envoyer un signal fort, en appuyant:
▪ Un plan d’aménagement hydro-agricole ambitieux,
▪ Des infrastructures de stockage modernes et réellement fonctionnelles,
▪ Des mécanismes de financement de proximité, adaptés, souples et inclusifs,
▪ Et une meilleure articulation entre production, transformation et accès au marché.
Faire de Podor un territoire-pilote d’une agriculture compétitive, inclusive et territorialisée serait un marqueur fort de leadership présidentiel, et une réponse concrète aux attentes des acteurs engagés dans la transformation du
secteur.
Alassane Seck, Economiste, Expert en politique agricole et développement rural
Responsable des Politiques agricoles et du renforcement des capacités à IPAR Think tank
Coordonnateur Programme EFI Podor
Email : alasssane.seck@ipar.sn