Le gouvernement sénégalais a officiellement présenté ce vendredi son Plan de redressement économique et social, une feuille de route ambitieuse censée marquer un tournant majeur dans la gouvernance économique du pays. Dans un entretien accordé à Seneweb, l’économiste Moubarack Lô a livré son analyse du document, entre espoir de relance et exigence de rigueur dans la mise en œuvre.
Des mesures prometteuses, mais à concrétiser rapidement
Pour Moubarack Lô, les grandes orientations du plan vont dans la bonne direction, notamment sur le volet des recettes fiscales. Il salue l’identification de niches fiscales jusque-là peu exploitées, comme le mobile money, les jeux de hasard ou le foncier.
Cependant, l’économiste insiste : « Il faut aller vite ». Selon lui, il ne suffit pas d’annoncer des intentions. Il urge de traduire ces mesures en lois en saisissant rapidement le Parlement. Certaines décisions pourraient même être appliquées dès lundi, estime-t-il.
« Le gouvernement doit prendre des décisions fortes. Gouverner, c’est précisément cela : arbitrer, même quand c’est difficile. »
Maintenir un lien stratégique avec le FMI
Alors que le Premier ministre a insisté sur la souveraineté budgétaire et la volonté de financer 90 % du plan par des ressources internes, Moubarack Lô adopte un ton plus prudent.
Il reconnaît que les apports directs du FMI peuvent être modestes, mais alerte sur le rôle de garant que joue l’institution auprès des partenaires au développement.
« Sans accord avec le FMI, il sera difficile de mobiliser les bailleurs. Ils ont confié au FMI le rôle de surveillant macroéconomique. Le Sénégal ne peut pas faire cavalier seul. »
Une réforme fiscale en profondeur à saisir
Concernant la taxation des secteurs sous-fiscalisés, Lô se montre favorable. Il juge pertinent de cibler des activités comme le tabac, les biens de luxe ou encore les plateformes numériques, non seulement pour augmenter les recettes, mais aussi pour dissuader les pratiques nuisibles (pollution, addictions, spéculation foncière).
Il invite le gouvernement à aller plus loin, en restructurant le système fiscal sénégalais et en trouvant un meilleur équilibre entre justice fiscale et efficacité.
Boudal NDIATH