Le 5 août 2021, le Sénégal perdait un homme d’exception. Quatre ans plus tard, la mémoire d’Abdoulaye Eimane Dia Kaladio, entrepreneur, maire, philanthrope et visionnaire engagé, reste vive. Son nom incarne encore, au Fouta comme dans tout le pays, une certaine idée du leadership : celui fondé sur la proximité, la vision et l’impact.
Un bâtisseur enraciné dans le Fouta
Originaire du Fouta, Kaladio a toujours porté son terroir dans le cœur. Il n’a jamais coupé le lien avec Démette, sa commune d’origine, dont il fut le maire. Là-bas, il était plus qu’un élu : il était un repère, un mentor, un modèle.
À la tête de sa holding Fortunes Capital, il a investi dans plusieurs secteurs clés — de l’immobilier à la finance, de l’agriculture à la logistique — toujours avec une boussole : créer de la valeur locale, ouvrir des perspectives économiques aux jeunes et renforcer la souveraineté économique du Sénégal.
Une rencontre mémorable, quelques jours avant sa disparition
Je l’ai rencontré à peine quelques jours avant sa mort. Malgré sa santé déclinante, il était habité par une énergie rare. Nous avons longuement échangé sur ses projets futurs. Il venait de lancer une radio économique, une initiative qui l’enthousiasmait profondément. Il voulait une radio pédagogique, proche des populations, capable de vulgariser les enjeux économiques et d’aider les Sénégalais, notamment les jeunes, à s’approprier les outils de compréhension du développement.
« Il faut pousser les gens à comprendre et à s’approprier l’économie », me disait-il avec conviction.
Son projet allait plus loin : il rêvait de digitaliser toutes ses entreprises, de connecter ses structures, de former ses équipes aux nouvelles technologies. Pour lui, le numérique n’était pas un luxe, mais un impératif de souveraineté. Cette rencontre, empreinte de lucidité, fut un moment fort. Sans le savoir, il me confiait son testament intellectuel.
Une vision de l’économie ancrée dans la pédagogie populaire
Kaladio croyait dur comme fer que le développement économique ne pouvait se faire sans une population informée, consciente, actrice. C’est pourquoi il voyait dans les médias un levier stratégique, non pas pour l’influence, mais pour l’éducation économique des citoyens.
Lui-même entrepreneur aguerri, il souhaitait que l’économie cesse d’être un domaine réservé aux experts. Il voulait un discours économique décomplexé, accessible, proche des réalités locales.
Le témoignage d’un proche collaborateur : un homme de générosité et de courage
Pour Amadou Terra Sarr, directeur d’une de ses entreprises et compagnon de route, Kaladio était bien plus qu’un patron :
« Il a donné des maisons, des voitures, amené des gens à la Mecque, accompagné de nombreux jeunes entrepreneurs. Ce qui m’a le plus marqué chez lui, c’est sa générosité et son courage. Il agissait dans le silence, sans bruit, mais toujours avec cœur. »
Maire de terrain et bâtisseur social
À Démette, son action municipale a été exemplaire : ouverture de pistes, électrification de zones enclavées, soutien aux initiatives féminines, amélioration des infrastructures scolaires et sanitaires… Kaladio n’était pas un maire de façade : il connaissait chaque ruelle, chaque foyer, chaque besoin.
Il concevait la politique comme un prolongement du service, pas une quête de pouvoir. Son charisme naturel et son humilité l’ont rendu inattaquable, même auprès de ses adversaires.
Un modèle discret de leadership africain
Loin des tribunes politiques et des plateaux télé, Abdoulaye Eimane Dia était un homme de terrain. Il croyait en l’éthique dans les affaires, en la responsabilité sociale de l’entrepreneur, et en l’exemplarité comme moteur de transformation. Sa discrétion n’était pas du retrait : c’était un choix délibéré, une forme de respect pour l’action.
Un héritage vivant, une inspiration pour demain
Quatre ans après son décès, son œuvre parle encore. Les structures qu’il a bâties, les jeunes qu’il a soutenus, les projets qu’il a initiés sont toujours là. Mieux, ils continuent d’évoluer, portés par ceux qu’il a formés et inspirés.
Le Fouta pleure un bâtisseur, mais célèbre une mémoire. Le Sénégal se souvient d’un homme d’avenir, disparu trop tôt mais resté immense.
En ce 5 août 2025, nous n’honorons pas seulement un défunt : nous ravivons une flamme. Celle de l’engagement désintéressé, de l’intelligence au service du collectif, et du rêve africain porté avec courage et dignité.
Repose en paix, Kaladio. Ton regard sur l’avenir continue d’éclairer nos chemins.
Boudal NDIATH