Dans une allocution marquante prononcée à l’ouverture d’un événement consacré à l’avenir des adolescentes africaines, la Directrice de division de la Banque mondiale a lancé un appel fort en faveur d’investissements ciblés dans les filles, soulignant leur rôle crucial dans le développement économique et social du continent.
Selon les données présentées, l’Afrique compte actuellement 145 millions d’adolescentes, un chiffre appelé à croître de manière significative d’ici 2050. « Derrière ces chiffres, il y a des visages, des histoires, des potentiels », a-t-elle affirmé, insistant sur la nécessité de transformer ces trajectoires individuelles en leviers de prospérité collective.
Des exemples concrets d’impact
Le discours a mis en lumière plusieurs initiatives déjà en œuvre au Sénégal. À Ziguinchor, par exemple, des centaines de jeunes filles bénéficient d’un accompagnement via le Centre Conseil pour Adolescents, qui offre à la fois un soutien en santé sexuelle et reproductive, et l’accès à des kits d’hygiène indispensables.
Autre exemple : dans les zones rurales, certaines jeunes femmes sont désormais inscrites sur des titres fonciers officiels, une avancée majeure vers leur autonomisation économique. Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique plus large impulsée par des programmes tels que SWEDD (Sahel Women’s Empowerment and Demographic Dividend), qui cible les risques de mariage précoce, de déscolarisation et de pauvreté chez les adolescentes.
Des retours sur investissement élevés
La Banque mondiale avance des chiffres sans appel :
- Chaque dollar investi dans une fille peut générer jusqu’à 10 dollars de retour économique.
- Un investissement global de 200 milliards de dollars d’ici 2040 pourrait entraîner jusqu’à 2 400 milliards de dollars de revenus supplémentaires pour l’Afrique.
- Au Sénégal, le coût de l’inaction est estimé à 28 milliards FCFA par an, soit l’équivalent de 560 écoles primaires non construites.
Une feuille de route ambitieuse
Le rapport Parcours vers la prospérité pour les adolescentes en Afrique, fruit d’une collaboration entre la Banque mondiale, le Population Council et le Center for Global Development, propose une stratégie fondée sur six piliers, allant de l’éducation à la santé, en passant par l’inclusion économique et la collecte de données.
Le Sénégal, selon la Banque mondiale, a déjà posé des jalons importants avec sa stratégie multisectorielle articulant éducation, santé et autonomisation économique, mais « le défi reste immense ».
« Transformer la donnée en action »
Clôturant son allocution, la représentante de la Banque mondiale a insisté :
« Nous avons aujourd’hui les données, les partenaires, et la volonté politique. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est transformer ces connaissances en résultats tangibles – pour que chaque fille au Sénégal, peu importe son origine, puisse construire son propre parcours vers la prospérité. »
À l’heure où le pays cherche à accélérer son développement humain, l’autonomisation des adolescentes apparaît non plus comme une option, mais comme une urgence stratégique.
Boudal NDIATH