Dans ce témoignage publié dans Le Quotidien, le journaliste, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, revient sur les circonstances de son départ du Sénégal vers la France dans un contexte de tension avec les autorités. Ce récit à la première personne, construit comme une contre-enquête, mêle récit personnel, dénonciation politique et justification d’une fuite. Il met en lumière plusieurs problématiques : la confrontation entre un citoyen et les institutions, la question de la légalité des procédures, et les enjeux de liberté d’expression dans un climat politique tendu.
Tout d’abord, l’auteur cherche à démontrer qu’il n’était pas légalement empêché de quitter le territoire au moment où il a voulu voyager. Il insiste sur le fait que les formalités de police avaient été dûment remplies, passeport tamponné et carte d’embarquement en main. Le ton du récit, calme et précis, donne à ses propos une dimension quasi documentaire. Il s’appuie sur des détails concrets – horaires, noms des autorités, comportements des agents – pour accréditer sa version des faits et délégitimer la communication officielle, qui prétendait qu’il était recherché.
Ensuite, le texte dénonce un usage abusif du pouvoir policier, présenté comme un « stratagème » destiné à l’empêcher de quitter le pays sans base légale claire. Le journaliste décrit une scène de rétention déguisée à l’aéroport, suivie d’une convocation qu’il perçoit comme une menace voilée. Il évoque aussi des alertes inquiétantes sur sa sécurité physique, qui le poussent à organiser un départ clandestin. Ce passage bascule du registre administratif à un registre dramatique, renforcé par le vocabulaire de la peur et du complot : « haine », « empoisonnement », « complot bien ourdi ». Le lecteur est invité à comprendre que la fuite n’est pas une dérobade, mais une nécessité vitale.
Enfin, le texte déploie une critique frontale des autorités, en particulier du ministre de l’Intérieur et de la hiérarchie policière, accusés de manipulation et de représailles. L’auteur conteste la version officielle des faits, qualifie les limogeages de « spectacle », et dénonce une tentative de museler un journaliste dérangeant. Le style devient plus polémique et indigné, révélant un enjeu de liberté d’expression, voire de démocratie. Le recours à l’exil est présenté comme une stratégie de survie, mais aussi comme une réponse à une persécution politique.
En conclusion, ce texte est à la fois un acte de défense personnelle et une mise en accusation du système politico-policier sénégalais. Il met en lumière les dérives possibles de l’appareil d’État lorsqu’il est utilisé contre des opposants ou des voix critiques. Ce témoignage soulève des questions importantes sur l’État de droit, la séparation des pouvoirs et la protection des libertés individuelles, dans un contexte où le journalisme devient un terrain de confrontation directe avec le pouvoir.
Boudal NDIATH