Les eaux ont encore envahi le Fouta. Comme chaque hivernage, la vallée du fleuve Sénégal vit au rythme des crues et des désolations. Des villages entiers sont sous les eaux, des familles sans abris, des champs dévastés, des écoles fermées. Face à cette situation dramatique, l’association Convergence pour le Développement de la Région de Matam (CODEREM) et un collectif d’associations et d’ONG partenaires du Sénégal et de la Mauritanie ont pris la parole pour tirer la sonnette d’alarme et appeler à une action urgente des autorités.
Des villages submergés et des familles désemparées
Depuis plusieurs semaines, la vallée subit les conséquences conjuguées de fortes pluies tombées sur le bassin versant, notamment en Guinée, et des lâchées d’eau du barrage de Manantali. Des localités telles que Nella, Thimping, Ndouloumadji, Madina Ndiathbé ou encore Guia sont lourdement touchées. Partout, les mêmes scènes de désolation : des maisons effondrées, des routes impraticables, des populations contraintes de fuir, parfois sans abri ni assistance. Les espoirs d’une saison agricole prometteuse ont été engloutis par la montée des eaux.
Une catastrophe récurrente et mal gérée
Dans une déclaration rendue publique, CODEREM et ses partenaires parlent d’« un désastre annoncé, des réactions tardives et insuffisantes ». Pour eux, cette situation dramatique n’a rien d’inattendu. Les organisations pointent du doigt le manque d’anticipation et la faiblesse des dispositifs de prévention. Elles dénoncent également l’absence d’une stratégie durable d’aménagement et de protection des berges, l’urbanisation anarchique, la mauvaise gestion du fleuve et les effets croissants du changement climatique.Le président du CODEREM, Mamadou Diagne, membre du collectif, a réagi pour souligner la gravité de la situation et interpeller les autorités. Il affirme que « le collectif déplore le manque d’anticipation et l’insuffisance de la présence des pouvoirs publics et des bonnes volontés ». Selon lui, le collectif, composé d’associations et d’organisations du Sénégal et de la Mauritanie, compte « apporter une contribution modeste, à la hauteur de ses moyens, pour participer à l’effort national de prise en charge des sinistrés ». Et de conclure : « Ce qui se passe aujourd’hui sur toute la vallée du fleuve Sénégal n’est pas une surprise, encore moins une fatalité. »
Un appel à la transparence et à la solidarité
Les signataires de la déclaration expriment leur compassion envers les sinistrés, tout en regrettant la faible présence des pouvoirs publics sur le terrain. Ils appellent à la mise en place d’un plan d’urgence pour venir en aide aux familles, reloger les victimes et rétablir les services essentiels. Ils insistent également sur la nécessité d’une communication transparente concernant l’utilisation des fonds destinés à la lutte contre les inondations, notamment les huit milliards de francs CFA annoncés en 2024 dont les populations attendent toujours le bilan.
Mamadou Diop, président de l’USE « L’urgence est d’aider les sinistrés »
Face à la montée des eaux qui frappe le nord du Sénégal, la situation devient critique pour de nombreux villages. Mamadou Diop alerte sur la gravité de la crise : « Beaucoup de villages vivent dans le désarroi. Certains ont perdu leurs habitations, d’autres leurs champs, et parfois les deux. La situation est très complexe et l’urgence est de leur venir en aide avant que les choses ne dégénèrent. »
Cet appel à la solidarité vise à mobiliser l’ensemble des acteurs, associations et organisations locales, pour apporter une contribution concrète à l’effort national de soutien aux sinistrés, en attendant l’intervention des pouvoirs publics et des bonnes volontés.
Pour un plan spécial du bassin du fleuve Sénégal
Au-delà de l’urgence, CODEREM et les ONG partenaires du Sénégal et de la Mauritanie plaident pour une réponse structurelle. Elles préconisent un plan spécial pour le bassin du fleuve Sénégal, fondé sur la protection des berges, la construction de barrages secondaires, la maîtrise des eaux et la relocalisation planifiée des zones à risque. Un projet à la fois environnemental, social et économique, qui permettrait d’en finir avec les drames récurrents.
« Le Fouta appelle, le Fouta attend des actes »
En conclusion, les signataires interpellent le gouvernement du Sénégal, les autorités mauritaniennes, les collectivités locales, la diaspora et l’ensemble des partenaires du développement.
« Ce combat n’est pas seulement celui du Fouta, c’est celui de la justice territoriale et de la dignité nationale », soulignent-ils. « Le Fouta appelle, le Fouta interpelle, le Fouta attend des actes. »