« Les droits des filles ne peuvent pas attendre » C’est en substance le vœu de 200 jeunes filles et adolescentes venues de 24 pays qui se sont réunies à Dakar les 10 et 11 octobre à Dakar à l’occasion du tout premier Sommet des Filles adolescentes de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (AOC). Une initiative conjointe de l’UNICEF et du Ministère sénégalais de la Famille, de l’Action Sociale et des Solidarités. Elles ont dialogué, échangé et formulé des appels forts à l’action.
Organisé à l’occasion de la Journée internationale de la fille, cet événement inédit a permis aux adolescentes de la sous-région de s’approprier les décisions qui les concernent. Les travaux ont été ouverts par Mme Maïmouna Dièye, Ministre de la Famille, de l’Action Sociale et des Solidarités du Sénégal, en présence de Omar Abdi (Directeur général adjoint de l’UNICEF) et de Gilles Fagninou (Directeur régional de l’UNICEF pour l’AOC). Dans un discours percutant, la délégation de Guinée équatoriale, représentée par une jeune fille nommée Isabel, a affirmé : « Nous voulons être prises en compte lorsque notre histoire sera écrite, car nos voix comptent. » L’objectif était clair : faire entendre les voix des adolescentes et les mettre au cœur de l’agenda politique régional. Les participantes ont été invitées à travailler sur un Agenda régional pour les filles, avec des engagements fermes à adresser les défis structurels auxquels elles font face.
Au terme des consultations menées dans 24 pays, les adolescentes ont dégagé plusieurs priorités qu’elles considèrent comme urgentes : il s’agit entre autres, de garantir un accès à des services de santé de qualité, accessibles et confidentiels, adaptés aux réalités des adolescentes, d’assurer une éducation inclusive et équitable, de mettre fin aux violences basées sur le genre, au mariage précoce et aux mutilations génitales féminines (MGF), en renforçant les lois, la prévention, les mécanismes de sanction et l’accompagnement des victimes, de veiller à l’inclusion des filles en situation de handicap dans tous les programmes de développement et de prise de décision, d’intégrer la lutte contre les effets du changement climatique dans les stratégies de protection des filles, reconnaissant que les catastrophes environnementales exacerbent les vulnérabilités.
Pour la première fois, un événement régional de cette ampleur a placé les adolescentes au centre de la co-construction d’un agenda politique. Le sommet a insisté pour que les gouvernements, les organisations régionales et les partenaires internationaux intègrent ces revendications dans leurs plans d’actions en donnant aux adolescentes des espaces sûrs pour s’exprimer librement, en formant les professionnels (éducateurs, personnels de santé, travailleurs sociaux) aux réalités vécues par les filles et en assurant un suivi effectif des engagements pris et évaluer la mise en œuvre des politiques.
L’UNICEF et les autorités sénégalaises ont salué l’initiative comme un moment charnière. Pour le ministère de la Famille, c’est une opportunité de renforcer les dynamiques nationales autour de l’égalité des genres et des droits de l’enfant.
Si le Sommet a été salué pour sa dimension participative, plusieurs défis restent à surmonter comme la capacité de mise en œuvre : formaliser des engagements ne suffira pas, il faudra mobiliser des ressources humaines et financières pour traduire les engagements en résultats concrets sur le terrain, la coordination régionale : les États devront coopérer étroitement pour harmoniser les politiques, partager les bonnes pratiques et veiller à ce que les filles les plus marginalisées (zones rurales, quartiers périphériques, filles non scolarisées) ne soient pas laissées pour compte, le suivi rigoureux et reddition de comptes : sans mécanismes transparents de suivi, les promesses risquent de rester symboliques et le changement de normes sociales : les stéréotypes de genre et les résistances culturelles demeurent des obstacles majeurs à l’égalité des chances.
Avec ce sommet, les adolescentes d’Afrique de l’Ouest et du Centre font entendre une exigence claire : « Les droits des filles ne peuvent pas attendre ». Si les États acceptent de s’engager véritablement et de rendre compte, cette initiative pourrait marquer une étape déterminante dans la lutte pour l’égalité, la santé, l’éducation et la protection des filles à travers le continent.
Mbagnick DIOUF