Placée sous le thème « Agissons maintenant : protégeons notre présent, sécurisons notre avenir », la Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens (18–24 novembre) rappelle l’urgence de préserver les médicaments qui sauvent des vies. Face à la progression rapide de la résistance aux antimicrobiens (RAM), les experts alertent : infections autrefois bénignes, pertes économiques, systèmes de santé fragilisés… la menace est mondiale et déjà bien réelle.
Chaque année, la RAM est liée à près de 5 millions de décès, dont 1,14 million directement attribuables à des infections résistantes. « Une infection bactérienne sur six est désormais résistante aux antibiotiques », souligne le Dr Javier Yugueros-Marcos, de l’Organisation mondiale de la santé animale. Pollution environnementale, surconsommation d’antibiotiques en santé humaine et animale, mauvaises pratiques agricoles : les sources sont multiples et appellent une réponse globale.
Pour le Dr Jean-Pierre Nyemazi, directeur du Secrétariat quadripartite sur la RAM (OMS, FAO, PNUE, OMSA), l’approche « Une seule santé » est indispensable. Si 178 pays disposent d’un plan d’action national, seuls 22 % le mettent pleinement en œuvre. D’où l’engagement pris en 2024 par les dirigeants mondiaux : atteindre 60 % de plans financés d’ici 2030 et mobiliser au moins 100 millions de dollars pour soutenir l’action internationale.
Au cœur de cet effort, le Fonds fiduciaire multipartenaires de lutte contre la résistance aux antimicrobiens (AMR MPTF) joue un rôle catalyseur, comblant les lacunes financières des pays à revenu faible ou intermédiaire. Il permet une action coordonnée dans tous les secteurs : santé humaine, santé animale, environnement, agriculture.
Les résultats sont déjà tangibles. Au Zimbabwe, le financement du Fonds a permis la relance du vaccin BOLVAC pour les bovins, réduisant l’usage inapproprié d’antibiotiques et évitant des pertes économiques majeures. Les actions menées ont également amélioré la surveillance, la qualité des médicaments et la prévention de maladies comme la typhoïde grâce à la vaccination.
Au Cambodge, le Fonds a transformé de simples ambitions en actions concrètes : création d’un organisme national de coordination multisectorielle, renforcement des laboratoires, formation de plus de 1 200 agents vétérinaires et obtention de 34 millions de dollars additionnels de la KfW grâce à l’impulsion du MPTF. Le pays vient d’approuver son deuxième plan d’action 2025–2030.
La RAM n’est plus une menace invisible mais une réalité vécue. Selon certains experts « Si nous tardons, nous perdrons les outils qui rendent possible la médecine moderne », avertit le professeur Ernst Kuipers, du Groupe des dirigeants mondiaux sur la RAM.
Alors que les ressources internationales se resserrent, la Commission européenne rappelle l’importance de soutenir un mécanisme fiable, efficace et coordonné. Le message est clair : investir dans le MPTF, c’est investir dans l’avenir de la santé mondiale.
Mbagnick DIOUF