« Recrutement, motivation et rétention des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes : quelles réponses syndicales durables ? » c’est le thème du congrès national du Syndicat Autonome des Médecins du Sénégal (SAMES).Une rencontre statutaire, mais aussi hautement stratégique, marquée par des interpellations fortes à l’État, un bilan syndical sans concession et l’élection d’un nouveau secrétaire général.
Présidant la cérémonie d’ouverture au nom du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, le Dr. Malick Diallo, directeur des ressources humaines a salué la posture « responsable et pragmatique » du SAMES, qualifié de partenaire socio-privilégié du secteur de la santé. Il a particulièrement reconnu le rôle joué par le secrétaire général sortant, le Dr Mamadou Demba Ndour, lors des négociations ayant conduit au Pacte national de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable. Insistant sur l’importance de la paix sociale, le DRH du ministère a appelé les syndicats à privilégier les cadres de dialogue mis en place notamment le comité de pilotage et le comité technique pour assurer le suivi des engagements du pacte. « Sans stabilité sociale, les objectifs de recrutement, de motivation et d’incitation dans les zones difficiles seront difficiles à atteindre », a-t-il averti. Abordant la question sensible du chômage des médecins, il a reconnu avoir été lui-même surpris, à sa prise de fonction à la Direction des ressources humaines, de rencontrer des médecins sans emploi. Une situation préoccupante, selon lui, à laquelle le ministère dit travailler à travers de nouvelles initiatives destinées à redonner espoir aux jeunes professionnels de santé.
Un bilan syndical sans complaisance
Dans un entretien accordé à la presse en marge du congrès, le Dr Mamadou Demba Ndour, secrétaire général national sortant du SAMES, a rappelé que cette rencontre, organisée tous les trois ans, permet à la fois de dresser le bilan du mandat écoulé et de réfléchir aux défis structurels du système de santé. Pour le syndicaliste, la question de la fuite des compétences reste l’un des problèmes majeurs. « L’hôpital public sénégalais n’est pas attractif », a-t-il affirmé, pointant du doigt des rémunérations insuffisantes et des conditions de travail difficiles qui poussent de nombreux praticiens à quitter le service public, voire le pays. Une situation paradoxale, selon lui, dans un contexte où le Sénégal fait face à la fois à des ratios très faibles de médecins et à un chômage persistant des jeunes diplômés. Le Dr Ndour n’a pas épargné le gouvernement sur la mise en œuvre du pacte social. Tout en réaffirmant l’engagement du SAMES en faveur du dialogue et de la pacification, il a estimé que les promesses faites n’ont pas été tenues. « 2026 sera une année hautement syndicale », a-t-il prévenu, annonçant une reprise plus offensive des revendications si les questions essentielles liées aux ressources humaines en santé ne trouvent pas de solutions concrètes.
Le congrès a également été marqué par l’élection, à l’unanimité, du Dr Diabel Dramé comme nouveau secrétaire général national du SAMES. Dans sa première déclaration, le nouveau leader syndical a exprimé sa gratitude envers ses camarades et salué un processus électoral marqué par le consensus et le travail préparatoire en amont. Conscient des attentes, le Dr Dramé a rappelé la mission de service public du corps médical et l’urgence de doter les structures de santé de ressources humaines suffisantes et qualifiées, mais aussi d’équipements et d’infrastructures adéquats. Il a réaffirmé l’engagement du SAMES à œuvrer, dans un cadre de dialogue inclusif avec les autorités, pour améliorer les conditions de travail des praticiens et, par ricochet, la qualité des soins offerts aux populations. À travers ce congrès, le SAMES entend repositionner le débat sur les ressources humaines en santé comme une priorité nationale. Entre reconnaissance institutionnelle, frustrations syndicales et nouvelle dynamique interne, le syndicat des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes se prépare à une nouvelle étape de son combat, avec en ligne de mire un système de santé plus équitable, plus attractif et plus performant.
Mbagnick DIOUF