Présente à la 14ᵉ Rencontre annuelle du Partenariat de Ouagadougou (RAPO) à Lomé, Mme Ly Khady Ba, présidente du Comité des femmes de la Fédération sénégalaise des associations de personnes handicapées, dénonce l’exclusion persistante des femmes handicapées des politiques et programmes de planification familiale. Entre inaccessibilité des services, stigmatisation et absence des instances de décision, elle lance un appel fort pour une inclusion réelle et durable.
Pour Mme Ly Khady Ba, le constat est sans appel : les femmes handicapées restent les grandes oubliées des politiques et programmes de planification familiale au Sénégal. « Il y a un réel problème d’accès à la santé », souligne-t-elle, évoquant l’inadaptation des infrastructures sanitaires. Postes de santé inaccessibles, plateaux médicaux non inclusifs, tables de maternité et de consultation trop hautes : autant d’obstacles qui compromettent l’accès des femmes handicapées aux soins de santé sexuelle et reproductive. À cela s’ajoute le manque de formation du personnel de santé sur la prise en charge du handicap. «Les prestataires ne sont pas formés, ni sur le handicap ni sur les droits des femmes handicapées», déplore-t-elle. Les difficultés de communication, notamment pour les femmes sourdes ou aveugles, aggravent davantage leur marginalisation. Les supports d’information en planification familiale, souvent limités à des flyers classiques, ne sont pas disponibles en braille ou sous des formats accessibles.
Stigmatisation et préjugés dans les structures de santé
Au-delà des barrières physiques, Mme Ly Khady Ba pointe des attitudes discriminatoires persistantes au sein des structures sanitaires. « Lorsqu’une femme handicapée vient pour une consultation prénatale, on lui demande souvent : “Qui t’a enceintée ?” », raconte-t-elle, dénonçant des stéréotypes profondément ancrés qui nient aux femmes handicapées leur droit à la vie conjugale et à la maternité. Ces comportements, perçus comme une violence symbolique, traduisent un manque de sensibilisation du personnel de santé aux droits humains et aux droits spécifiques des personnes handicapées. « Monter une femme handicapée sur une table de consultation n’est pas une faveur, c’est un droit », insiste-t-elle.
Une représentation quasi inexistante à la RAPO
La question de l’inclusion se pose également au niveau des espaces de plaidoyer et de décision. À Lomé, seules deux personnes vivant avec un handicap faisaient partie de la délégation sénégalaise. Leur participation, précise Mme Ly Khady Ba, n’a été possible que grâce à l’appui de Humanity & Inclusion, en partenariat avec le WiLDAF et le Comité des femmes de la Fédération, à travers le projet La Voix des femmes. « Sans cet appui, aucune femme handicapée n’aurait participé à cette rencontre », regrette-t-elle. Pour elle, il est inconcevable de plaider pour les droits des femmes en excluant une partie d’entre elles. «Avant d’être handicapées, nous sommes d’abord des femmes. Personne ne peut parler à notre place », clame-t-elle, appelant à l’intégration des femmes handicapées, y compris au sein du comité consultatif de la RAPO.
Des attentes claires pour une inclusion effective
À l’endroit de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou, Mme Ly Khady Ba formule des attentes précises : la présence systématique de femmes handicapées dans les instances consultatives et dans les délégations nationales, en tenant compte de la diversité des handicaps. « La diversité est une richesse », souligne-t-elle, plaidant pour une représentation qui reflète la réalité des femmes handicapées.
Enfin, la présidente du Comité des femmes de la Fédération sénégalaise des associations de personnes handicapées appelle les autorités sanitaires et les organisations de la société civile à concevoir des programmes de planification familiale véritablement inclusifs. «On ne peut pas répondre aux besoins de personnes dont on ignore les spécificités », rappelle-t-elle, insistant sur la nécessité de prendre en compte les besoins spécifiques des femmes handicapées pour garantir pleinement leur droit à la planification familiale.
À Lomé, sa voix résonne comme un rappel essentiel : sans inclusion des femmes handicapées, aucune stratégie de planification familiale ne peut se prétendre équitable ni durable.
Mbagnick DIOUF, envoyé spécial à Lomé