Le ton monte entre les organisations de presse et les autorités. Le Conseil des diffuseurs et éditeurs de la presse du Sénégal et l’Association des professionnels de la presse en ligne ont franchi un nouveau cap en annonçant, ce mercredi 8 avril 2026, leur volonté de saisir l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption ainsi que les juridictions compétentes.
Au cœur de cette démarche, les deux organisations dénoncent de présumés faits de « détournement de deniers publics », de « détournement d’objectif » et, surtout, une opacité persistante dans la gestion du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP) pour l’année 2025.
Réunis à la Maison de la presse Babacar Touré, devant un public composé de professionnels des médias et d’acteurs de la société civile, les responsables du secteur ont exprimé leur vive inquiétude face à la situation. Cette prise de parole intervient dans un contexte tendu, au lendemain d’une conférence du ministère de la Communication censée clarifier les modalités de répartition du fonds. Une tentative qui, visiblement, n’a pas suffi à dissiper les doutes.
« Nous allons porter plainte », a affirmé Mamadou Wone, directeur général du journal L’Enquête, dénonçant un manque de transparence dans l’attribution des ressources publiques destinées à la presse.
Cette offensive judiciaire ne constitue pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans la continuité d’un bras de fer engagé depuis plusieurs mois. En décembre 2024, le CDEPS avait déjà introduit un recours devant la chambre administrative de la Cour suprême, contestant la plateforme de déclaration des médias. Une procédure que les organisations disent avoir remportée.
Pour Maimouna Ndour Faye, présidente du directoire du groupe 3M, d’autres décisions de justice, notamment dans l’affaire impliquant Aissatou Diop Fall contre l’État du Sénégal, vont dans le même sens. Pourtant, regrette-t-elle, ces verdicts n’auraient pas été pris en compte par le ministère dans la mise en œuvre du FADP 2025.
Les organisations de presse accusent ainsi les autorités de s’appuyer sur une réforme pourtant rejetée par la Cour suprême, dénonçant une atteinte à l’autorité de la chose jugée. Une situation qu’elles jugent « désolante » et préoccupante pour l’État de droit.
À travers cette nouvelle étape judiciaire, le CDEPS et l’APPEL entendent faire toute la lumière sur la gestion du FADP, mais aussi imposer le respect des règles de transparence et de légalité dans un secteur clé pour la démocratie. Le bras de fer entre la presse privée et les autorités semble désormais entré dans une phase décisive.
Boudal NDIATH