L’activiste panafricaniste Kemi Seba a été interpellé mercredi 15 avril 2026 par la police sud-africaine, alors qu’il se trouvait en transit à Pretoria. L’information, révélée par Matthieu Millecamps pour Jeune Afrique, s’appuie sur des sources judiciaires béninoises.Actuellement détenu, il devrait être transféré dans les prochains jours vers Cotonou, où la justice l’attend de pied ferme.
Les autorités béninoises poursuivent le leader de l’ONG Urgences panafricanistes pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ». Des charges portées par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), dans un contexte politique particulièrement tendu.
Au cœur du dossier : son implication présumée dans la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, attribuée au lieutenant-colonel Pascal Tigri. Selon les éléments relayés, Kemi Seba est accusé d’avoir diffusé des vidéos affirmant la chute du président Patrice Talon, tout en appelant les populations à soutenir les militaires insurgés.
Un acteur clé d’une guerre de l’information
Au-delà des faits qui lui sont reprochés, l’enquête met en lumière son rôle dans ce que les autorités qualifient de « guerre informationnelle ». D’après les investigations menées à Cotonou, notamment par les services de renseignement et les structures spécialisées dans le numérique, l’activiste serait au centre d’un réseau d’influence à dimension régionale.
Il est notamment présenté comme un conseiller du général Abdourahamane Tiani, figure centrale du régime militaire nigérien. Les enquêteurs évoquent également des liens avec des dispositifs de communication proches des juntes sahéliennes, ainsi qu’avec certaines figures médiatiques engagées, à l’image de Nathalie Yamb.
Ces réseaux soutiennent activement les positions de Alliance des États du Sahel, dans un contexte de rivalités politiques et diplomatiques croissantes dans la sous-région.
Une traque élargie dans un climat de fortes tensions
Malgré les poursuites engagées contre lui, Kemi Seba avait récemment affiché sa détermination à poursuivre son combat, notamment sur les réseaux sociaux lors de la présidentielle du 12 avril 2026. Un scrutin marqué par la large victoire de Romuald Wadagni, successeur désigné de Patrice Talon.
Alors que plusieurs dizaines de militaires sont déjà détenus dans le cadre de cette affaire, d’autres suspects restent activement recherchés. C’est le cas de l’opposant Sabi Sira Korogone, ainsi que du lieutenant-colonel Pascal Tigri, toujours en fuite.
Ce dernier serait, selon les autorités béninoises, réfugié au Niger — une hypothèse qui continue d’alimenter les tensions déjà vives entre Cotonou et Niamey.
Boudal NDIATH